En septembre 2025, les parieurs français ont misé 673 millions d’euros sur le football, leur plus gros mois de l’année. Les opérateurs n’en ont conservé que 42 millions. Sur l’ensemble du pari sportif, le taux de retour aux joueurs (TRJ) du mois atteint 94,5%. Ces chiffres figurent dans une note de l’ANJ publiée le 12 octobre 2026. Elle montre comment le marché est revenu sous le plafond de TRJ avant la fin de l’année.
Un cumul à 85,9% fin septembre 2025
Depuis la loi de 2010, le plafond de TRJ du pari sportif en ligne est fixé à 85% des mises, en moyenne annuelle et pour chaque opérateur. Pour eux, c’est un peu le jeu du Tyrolien du Juste Prix : on s’approche au plus près. Mais si on dépasse d’un pas, c’est la chute, et les sanctions. Le TRJ du marché s’établit à 84,45% en 2024 et à 84,67% en 2025.
En septembre 2025, le TRJ du mois à 94,5% a grippé l’équilibre du système. Le 15 octobre 2025, FDJ United évoquait des « résultats sportifs très défavorables à l’opérateur » sur ses paris en ligne au 3e trimestre. Du 16 au 18 septembre 2025, le PSG, le Real Madrid, le Bayern, Liverpool, Manchester City, Barcelone, Arsenal et l’Inter gagnent leurs matchs. Les combinés gagnants aggravent (pour les bookies) la situation.
Avec une marge aussi fine, septembre a fait basculer toute l’année. Le TRJ cumulé du marché passe de 84,7% fin août à 85,9% fin septembre, au-dessus du plafond de TRJ. Le 19 décembre 2025, la commission des sanctions de l’ANJ punissait des dépassements du plafond constatés en 2023, certains inférieurs à 1 point. Les opérateurs sont prévenus : ils ont 3 mois pour redresser la barre.

Le mois des cotes rabotées
En octobre 2025, le TRJ du mois revient à 82,3%, un niveau proche de celui d’août. Mais c’est insuffisant, et le travail doit être fait sur novembre, avant les fêtes de fin d’année propices aux promotions. On y a donc observé un TRJ de 74,2%, le plus bas de l’année. Fin novembre, le cumul redescend à 84,6%, l’alerte est levée et décembre sera nominal. Au football, la marge des opérateurs est passée de 6,2% des mises en septembre à 31,8% en novembre, un gouffre.
La séquence « semble traduire un ajustement des cotations en fin d’exercice », écrit l’ANJ. Elle précise que cette lecture d’ensemble ne préjuge pas de la situation de chaque opérateur, contrôlée à part. Le 13 novembre 2025, la rédaction des Enjeux décrivait déjà ce pilotage à vue de fin d’année.
Pour éviter de dépasser le plafond de TRJ, l’opérateur se voit tenté de baisser ses cotes ou… de limiter les mises de ses plus gros gagnants.
« Black November » pour les parieurs
Sur son application, le parieur lambda ne voit pas clairement les prix augmenter. Sur un match à deux issues de même probabilité, une cote de 1,90 de chaque côté rend en théorie 95% des mises. A 1,70, ce retour tombe à 85%, le niveau du plafond de TRJ, et à 1,48, à 74%, celui de novembre.
Le parieur de novembre 2025 n’avait d’ailleurs aucun moyen de connaître la situation. Le TRJ cumulé de chaque opérateur n’est pas publié en cours d’année. Le détail mois par mois du marché n’est dévoilé que le 12 octobre 2026.
Les parieurs réguliers ont bénéficié de septembre, avec un rattrapage en novembre. En comparaison, le traitement réservé aux joueurs occasionnels qui n’auraient joué qu’en novembre peut paraître déséquilibré.
La justesse et la pertinence du dispositif
Ce système d’échappées puis de rattrapage forcé pose un problème d’équité envers les joueurs des différentes périodes de jeu. Est-ce qu’il faudrait accorder une sorte de « grâce régulatoire » pour les joueurs de novembre ? Ou, au contraire, anticiper les périodes propices au dépassement pour prendre des marges plus importantes ? (A lire aussi : le bilan du TRJ à 85%, pilier de la régulation depuis 2010.)
Une autre piste serait d’enlever totalement le dispositif de contrôle du TRJ. Les opérateurs auraient alors entre les mains la responsabilité de payer la taxe et de faire du profit.
Mais lors de l’entretien accordé aux Enjeux le 8 octobre 2026, Pascal Chevremont, président de l’ANJ, a défendu le dispositif. Pour lui, le plafond « relève vraiment de l’encadrement de l’offre » : il évite que les opérateurs se fassent concurrence sur les prix. Il cite le Royaume-Uni, où l’offre de paris est bien plus large et où davantage de joueurs ont une pratique intensive. L’idée de 2010, redistribuer moins pour faire moins jouer, est fausse à ses yeux : le risque est « une question de fréquence ».
L’ANJ entend protéger le joueur excessif, mais, ce faisant, le joueur occasionnel peut se retrouver face à une tarification irrégulière et injuste. C’est pourtant ce type de joueur raisonnable que l’institution veut promouvoir. Il faudra le protéger lui aussi, comme consommateur, dans un modèle désintensifié.