L’ANJ suit ce dossier depuis novembre 2024. Après une première mise en demeure, l’opérateur avait mis en place un géoblocage bloquant les transactions financières depuis le territoire français, dispositif contourné en pratique. En février 2026, le régulateur avait rappelé publiquement que les marchés de prédiction ne sont pas autorisés en France et qu’ils y sont assimilés à des sites de jeux d’argent illégaux, exposant leurs utilisateurs à des risques d’addiction et d’intégrité en l’absence de régulation.

Plusieurs éléments ont pesé dans la décision. Certains marchés proposés apparaissaient faussés : des paris sur la météo ont laissé soupçonner un piratage de sondes météorologiques. Une enquête a été ouverte le 4 mai 2026 par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, confiée à l’OFAC. L’affaire a mis en évidence l’absence de dispositif d’identification des utilisateurs (KYC) sur les versions de Polymarket accessibles aux publics français et européen.
L’audience de la plateforme n’a cessé de progresser sur le territoire, avec 578 751 visites et 205 057 visiteurs uniques au mois de juin, selon SimilarWeb. Pour l’ANJ, la page d’accueil, qui affiche en temps réel les cotes associées aux évènements ouverts aux paris, constitue un vecteur majeur de promotion. La publicité en faveur d’un site de jeux non autorisé constitue un délit passible d’une amende de 100 000 euros, peine également encourue par la diffusion au public des cotes et rapports de ces sites. L’ANJ a donc mobilisé son pouvoir de blocage administratif, comme pour les autres sites illégaux (1 290 URL bloquées en 2025).
Les Enjeux a toutefois constaté que, à la date du 17 juillet 2026, si l’accès au site web est effectivement coupé depuis la France, l’application mobile de Polymarket y demeure accessible et fonctionnelle. Le blocage administratif portant sur des URL au niveau des FAI, il laisse en pratique l’application hors de son champ, ce qui limite la portée immédiate de la mesure.
La décision s’inscrit dans un mouvement plus large. La nature hybride des marchés de prédiction explique la diversité des approches réglementaires dans le monde. En Europe, plusieurs pays les ont déjà restreints ou bloqués : Allemagne, Belgique, Roumanie, Suisse, Pologne, Pays-Bas, Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Ukraine et République tchèque.
