Kane, Mbappé, Yamal, Rodri, Messi. Hier soir à Londres, France Football a dévoilé le top 5 du Ballon d’Or que Polymarket affichait déjà depuis plusieurs jours. Trois jours avant la soirée, le média Upside avait posté ce classement exact sur X, dans cet ordre. Avec une mise en garde : si le classement tombe, « la coïncidence sera difficile à expliquer ». Il est tombé.

Douze comptes Polymarket sur un seul scénario
Upside a remonté la piste de douze comptes, tous créés en octobre, qui ont misé 264 000 dollars sur le Ballon d’Or. Pour sept d’entre eux, c’était l’unique pari de leur vie sur Polymarket. Six ont joué un quart d’heure à peine après l’inscription. Upside soupçonne une seule et même personne derrière.
Ce qui frappe, c’est le type de pari. Quand Polymarket a ouvert des marchés sur la place exacte de chaque joueur, ces comptes ont foncé dessus. Un parieur normal joue le vainqueur, c’est moins payé mais on se trompe moins. Le compte kraben006, lui, a revendu ses parts de « Kane vainqueur » avec un joli bénéfice. Il a tout remis sur les places exactes, Yamal troisième compris.
Même chose sur le duel « Mbappé devant Yamal ». Début octobre, le marché donnait encore l’Espagnol devant, presque sans discussion. Puis la cote a plongé en une journée, sans la moindre annonce.

Après la cérémonie, Upside annonce près de 200 000 dollars de gains et pas une position perdante. Personne n’a encore vérifié ce chiffre sur la blockchain. Quant au gagnant, Polymarket ne lui a jamais demandé sa carte d’identité. Le patron d’Upside, Raph Pautard, s’en tient à une formule : « Les hommes mentent, mais pas les chiffres. »
Le Ballon d’Or, nouveau terrain des initiés
France Football jure qu’une poignée de personnes seulement connaît le classement avant la soirée. Le jour J, son site a quand même publié par erreur des articles qui sacraient plusieurs nommés. Des portraits préparés pour tout le monde, sans lien avec le podium, a expliqué l’organisateur. Sur les paris, en revanche, ni lui ni Polymarket n’ont dit un mot.
Sur X, les internautes ont tranché plus vite. L’auteur des mises « avait clairement des infos que nous n’avons pas », écrit un supporter. Nicolas Lellouche, journaliste à Numerama, va dans le même sens : « Des insiders ont gagné une fortune ce soir. »
On a déjà vu le film. Le prix Nobel de la paix 2025 dont la cote s’envole la nuit d’avant. Le soldat américain qui parie sur la chute de Maduro et finit inculpé pour délit d’initié. Cette fois, le trophée est remis par un magazine français. (A lire aussi : le thermomètre de Roissy, manipulé pour gagner sur Polymarket.)
L’ANJ a ordonné le blocage de Polymarket en juillet. Le marché du Ballon d’Or s’est donc joué ailleurs, en dollars, loin du régulateur. Si fuite il y a eu, elle n’a rien coûté à son auteur, pas même son anonymat.
Kalshi assigné par le régulateur de New York
Kalshi, le concurrent américain régulé par la CFTC, vendait aussi des contrats sur le Ballon d’Or. Là, rien de suspect n’a été repéré. Ses ennuis viennent d’ailleurs. Fin octobre, la commission des jeux de l’Etat de New York l’a traîné devant un tribunal de Manhattan, faute de réponse à ses assignations.
C’est l’avocat Daniel Wallach qui a sorti la requête sur X. Le régulateur réclame depuis l’été des documents sur les contrats sportifs, les clients de moins de 21 ans et la structure du groupe. Il veut aussi les publicités qui présentent les produits Kalshi comme des paris, ce que la plateforme conteste.
Selon la commission, Kalshi a « catégoriquement refusé » de fournir une partie des pièces. Elle en a besoin pour chiffrer d’éventuelles sanctions civiles. Kalshi plaide toujours que seul le régulateur fédéral peut le contrôler. Plusieurs juges ont déjà refusé de bloquer New York, et l’Ohio lui a infligé une amende d’ampleur.
New York demande au juge d’obliger Kalshi à tout remettre dans les dix jours suivant sa décision.
