Partouche a installé fin octobre un distributeur de cartes Pokémon au Partouche Pasino Club, son club de jeux de l’avenue de la Grande Armée, à Paris. La machine, fournie par OnlyCards, vend des boosters et des coffrets à quelques mètres des tables de poker. Maurice Schulmann, directeur de la transformation et de la data du groupe, fait part de son innovation sur LinkedIn. En interne, tout le monde n’est pas convaincu. Le directeur d’exploitation du groupe, membre du directoire, lui a répondu : « Cette machine n’a rien à faire ici. »
Pour Maurice Schulmann, les collectionneurs ressemblent aux clients des casinos. Ils achètent, revendent, échangent, suivent des influenceurs et vont sur les salons. Ce public est aussi « beaucoup plus adulte qu’on pourrait l’imaginer ». D’autres machines sont prévues dans le réseau Partouche, avec des tournois et des ouvertures de boxes en public à partir de la mi-novembre.

La culture du « pack opening »
Un booster coûte entre 6 et 10 euros selon les magasins et contient dix cartes tirées au hasard. La plupart ne valent rien, et quelques-unes se revendent des centaines d’euros, voire plus. Les vidéos d’ouverture de paquets sont très suivies sur YouTube et TikTok. Leur suspense ressemble à celui de découvrir une paire d’as au poker.
Dans le contexte des casinos français, une machine à sous doit reverser au moins 85% des mises, un taux contrôlé par l’Etat. The Pokémon Company ne publie pas les probabilités d’obtenir une carte rare. Les joueurs font leurs propres estimations à partir de milliers de paquets ouverts. Une pétition en ligne demande à l’éditeur de les publier. EA Sports a dû s’exécuter dans le cas du jeu FUT.
Aucune autorité n’a classé le booster comme jeu d’argent, puisque l’éditeur ne reverse pas de gain direct. Sur les sites de revente, chaque carte a pourtant son prix. La Belgique a interdit dès 2018 les loot boxes payantes des jeux vidéo, considérées comme des jeux de hasard. Elle n’a pas légiféré sur les cartes physiques.
Aux Etats-Unis, des parents ont attaqué Nintendo dès 1999, en accusant les cartes Pokémon d’être une loterie illégale. La justice a rejeté la plainte en 2002 sans trancher le fond, au motif que les acheteurs avaient bien reçu ce pour quoi ils avaient payé. La question revient avec les « box breaks », ces ouvertures de boîtes en direct où l’on achète une place pour un tirage. C’est le métier d’OnlyCards, le partenaire de Partouche, qui en diffuse cinq par semaine sur TikTok.
Scalping et FOMO, un jeu d’enfant ?
En février, l’influenceur Logan Paul a revendu sa carte Pikachu Illustrator 16 millions de dollars aux enchères. Il l’avait achetée 5 millions en 2021.
En France, la sortie de l’extension des 30 ans, à la mi-septembre, a tourné à l’émeute. Selon l’AFP, le coffret vendu une cinquantaine d’euros s’échangeait déjà 100 à 200 euros le jour même. Luigi (prénom modifié par l’AFP), la cinquantaine, a attendu quatre heures devant un Cultura pour repartir bredouille. Il a vu des revendeurs proposer le coffret « 100 euros à ceux qui faisaient encore la queue ». Alexandre, 17 ans, a payé quatre amis pour faire la queue dans quatre magasins de La Défense, et a plus que doublé sa mise. On appelle cette méthode le scalping.
Les enseignes vendent désormais les cartes en caisse, souvent une par client. The Pokémon Company a retiré ses distributeurs de certains magasins, selon Next Stage, car les revendeurs les pillaient grâce à une faille. Des enfants ont été intimidés dans les files. Un fan de 41 ans regrette auprès de l’AFP que les plus jeunes ne puissent plus « se créer des souvenirs pour leur vie d’adulte ».

Un distributeur réservé aux majeurs
Au Partouche Pasino Club, comme dans tous les clubs de jeux, l’entrée est réservée aux majeurs, pièce d’identité à l’appui. Les boosters y sont vendus à des adultes.
Partouche va chercher une clientèle plus jeune, déjà habituée à l’aléa et à la cote des cartes. Le groupe prend aussi acte de ce qu’est devenu le marché Pokémon, où les enfants paient souvent le prix fixé par les revendeurs. Le Pasino Club avait déjà accueilli en octobre une soirée sur les stablecoins, quelques jours avant que Partouche accepte la crypto dans ses casinos.
Maurice Schulmann est ouvert au débat, « y compris avec ceux qui pensent que mon directeur d’exploitation a raison ».
