Ils faisaient partie d’une génération à part. Celle qui a connu l’âge d’or du poker en ligne, où les meilleurs pouvaient bâtir des fortunes en quelques années, à force de discipline, d’intuition et de calculs froids. Alexandre Luneau et Sébastien Sabic étaient de ceux-là. Mais contrairement à beaucoup, ils n’ont pas cherché à prolonger indéfiniment cette période. Ils ont su lire les signaux faibles, anticiper la transformation du jeu… et surtout se réinventer.
Avec Moon Intelligence, ils ont déplacé leur terrain de jeu. Moins visible, mais infiniment plus structurant : celui de la fabrication de cotes et du market making dans les paris sportifs. Une activité au cœur de l’industrie, où la donnée, les modèles et la vitesse d’exécution font la différence. Leur promesse est simple en apparence, mais rare dans les faits : produire des prix “from scratch”, sans dépendre du marché.
Dans cette interview, ils reviennent sans détour sur leur trajectoire, les compétences héritées du poker, et leur vision très concrète d’un secteur en mutation rapide, notamment aux États-Unis. On y parle autant de modèles mathématiques que de limites des bookmakers, de régulation, de liquidité… et de ce que signifie réellement “faire le marché” aujourd’hui.
Les Enjeux : Les gens vous connaissent depuis Nosebleed, le documentaire de Victor Saumont sorti en 2014. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette période ?
Alexandre Luneau : On a eu une chance incroyable de pouvoir gagner beaucoup d’argent jeune dans quelque chose qui nous passionnait vraiment. Construire une bankroll en jouant à un jeu qu’on adorait, c’était une situation idéale.
Sébastien Sabic : C’était vraiment la bonne époque pour le poker, avec une belle fenêtre d’opportunité entre 2002 et 2012. Si l’on avait débuté plus tard, la progression de carrière aurait été nettement plus difficile.
Sur le long terme, le poker reste une voie exigeante et incertaine. En revanche, il bénéficie d’une forte médiatisation, avec une dimension compétitive et narrative très marquée. Le joueur est presque perçu comme un athlète.
À l’inverse, le pari sportif représente un marché beaucoup plus vaste et offre des perspectives de développement bien plus importantes pour construire une entreprise scalable.

Les Enjeux : Avec le recul, vous auriez pu vous donner des conseils, sur la gestion de la bankroll, pour aller encore plus loin ?
Alexandre Luneau : Je retiendrais surtout la chance qu’on a eue sur le timing. Quelques années après notre départ, le poker online de grosses parties a pratiquement disparu. Il y a désormais des gens qui jouent avec des IA à côté d’eux. On a commencé au bon moment, et on est partis au bon moment.
Sébastien Sabic : C’est aussi pour ça qu’on a arrêté, en grande partie. On voyait ça venir. La bankroll n’a pas posé de problème particulier, donc dans l’ensemble on a bien géré.



























