Une mécanique de croissance multi-produits
La performance du T1 2026 de Banijay Gaming ne repose pas sur un seul relais de croissance. Le sportsbook génère 326,5 millions d’euros (+14,4 %), malgré des résultats sportifs défavorables lors des matchs de Ligue des Champions et des qualifications pour la Coupe du monde. L’engagement des parieurs a permis d’absorber une marge sportive dégradée, preuve que la fidélisation des joueurs pèse désormais davantage que la simple variance événementielle dans le modèle Betclic.

Le segment casino, poker et turf progresse quant à lui de 27 % en organique. Deux moteurs expliquent cette accélération. D’abord, la plateforme de poker propriétaire, lancée fin 2024 en France, continue de gagner des parts de marché. Le poker atteint 30,3 millions d’euros de revenus (+28,3 %), validant la stratégie d’internalisation technologique plutôt qu’un recours à un fournisseur tiers. Ce virage commence déjà à produire des effets visibles, notamment avec des innovations comme le format Smash KO.
En parallèle, le casino en ligne lancé en Côte d’Ivoire début 2025 poursuit sa montée en puissance et soutient la progression de 28 % du segment casino, qui atteint désormais 70,2 millions d’euros.
| Segment | T1 2025 | T1 2026 | Variation organique |
|---|---|---|---|
| Sportsbook | 295,8 | 326,5 | +14,4 % |
| Casino | 55,9 | 70,2 | +28,0 % |
| Poker | 23,6 | 30,3 | +28,3 % |
| Turf | 5,5 | 6,2 | +11,1 % |
| Total Gaming | 380,9 | 433,1 | +17,3 % |
| Source : Banijay Group, communiqué T1 2026 (18 mai 2026). Variations à taux de change constants et périmètre courant. | |||
La fiscalité française continue de peser sur la marge
L’EBITDA ajusté de la division gaming recule de 3,8 % à périmètre constant, à 96,6 millions d’euros. La marge passe de 26,8 % à 22,3 %. En cause : un impact estimé à 11 millions d’euros lié à la hausse de la fiscalité sur les paris en France, entrée en vigueur en juillet 2025.
Sans cet effet fiscal, la croissance de l’EBITDA gaming aurait atteint 7,1 %. Le groupe a également activé le régime fiscal IP Box en 2025, réduisant l’impôt payé de 7,3 à 1,2 million d’euros sur le trimestre. Une optimisation qui permet d’amortir partiellement le durcissement fiscal pesant sur les mises.
Un sujet de fond que l’ANJ elle-même identifie désormais comme un enjeu structurel pour la compétitivité du marché régulé français.
Tipico : l’acquisition qui change de dimension
Le principal tournant du trimestre intervient toutefois après la clôture comptable. Le 23 avril 2026, Banijay Group a finalisé l’acquisition de Tipico, acteur historique des paris sportifs en Allemagne et en Autriche. Le financement avait déjà été sécurisé dès janvier via un montage de 3,139 milliards d’euros combinant obligations sécurisées et prêts à terme.
L’opération rassemble désormais trois marques, Betclic, Tipico et Admiral, sur six marchés : Allemagne, France, Portugal, Autriche, Pologne et Côte d’Ivoire.

L’ambition affichée est claire : doubler le chiffre d’affaires, l’EBITDA et le free cash flow de la division gaming. Les synergies attendues sont estimées à environ 100 millions d’euros à moyen terme, dont 70 millions liés aux coûts opérationnels et 30 millions aux investissements.
Au niveau de Banijay Gaming, le ratio d’endettement atteint 0,80x au 31 mars 2026, contre 0,86x fin 2025. Une situation qui laisse au groupe une marge de manœuvre confortable pour absorber l’intégration. La nouvelle gouvernance est déjà en place depuis janvier, avec Nicolas Béraud à la présidence de Banijay Gaming et Julien Brun à la direction opérationnelle de Betclic.
Cap sur la Coupe du monde 2026
Présenté le 26 mars, le plan stratégique 2026-2029 vise une croissance annuelle moyenne d’environ 10 % de l’EBITDA ajusté de la division gaming. François Riahi, directeur général du groupe, présente ce premier trimestre comme une rampe de lancement avant la Coupe du monde FIFA 2026, premier grand événement sportif estival depuis l’élargissement du périmètre du groupe.
Sur un marché français où les grands acteurs internationaux peinent encore à s’imposer durablement, la fenêtre semble favorable pour un opérateur déjà solidement installé.
En l’espace de 18 mois, Banijay Gaming change clairement de stature. L’opérateur français de paris sportifs en ligne devient un groupe paneuropéen multi-marques, intégré verticalement grâce à sa technologie poker propriétaire, son développement dans le casino en ligne et sa diversification géographique.
Reste désormais le principal défi : l’exécution. Entre l’intégration de Tipico, l’absorption des 1 250 points de vente physiques en Allemagne et en Autriche et la préparation de la montée en puissance de la Coupe du monde 2026, le second semestre servira de véritable test opérationnel pour le groupe.