Un produit brut des jeux stable, un chiffre d’affaires sous pression
Le produit brut des jeux (PBJ) du groupe s’établit à 4 314 millions d’euros sur le semestre, en baisse limitée de 1,3 %. L’écart se creuse au niveau du chiffre d’affaires, en recul de 4,5 %, un différentiel qui s’explique presque intégralement par la mécanique fiscale.
FDJ United chiffre à 52 millions d’euros l’impact des hausses de fiscalité sur les jeux en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Roumanie, soit l’équivalent de 3 points de croissance de chiffre d’affaires. Le message envoyé aux marchés est clair : la performance opérationnelle sous-jacente est meilleure que ne le laisse paraître la ligne du haut du compte de résultat.
Ce découplage entre PBJ et chiffre d’affaires devient une grille de lecture incontournable pour tout acteur du secteur. Depuis le 1er juillet 2025, la loi de financement de la sécurité sociale a fait grimper les prélèvements publics sur le Loto et l’Euromillions de 68,0 % à 69,0 % du PBJ, sur les paris sportifs en ligne de 54,9 % à 59,3 %, et surtout sur le poker en ligne de 0,2 % des mises à 10,0 % du PBJ.
Cette dernière hausse, particulièrement brutale en proportion, mérite l’attention des opérateurs de poker en ligne présents sur le marché français, tant elle rebat les équilibres économiques d’une verticale déjà fragile.
Loterie et paris sportifs en réseau France : les cycles longs en cause
La BU historique du groupe affiche un PBJ de 3 429 millions d’euros, en baisse de 2,0 %, et un chiffre d’affaires de 1 240 millions d’euros, en retrait de 3,9 %. La loterie explique l’essentiel de la contre-performance, avec un PBJ en repli de 2,1 % à 2 979 millions d’euros.
FDJ United impute ce recul à un nombre et des niveaux de jackpots Euromillions nettement moins généreux qu’en 2025, ainsi qu’à une fréquentation moindre des points de vente au deuxième trimestre, liée aux épisodes de canicule. Un élément à retenir pour toute analyse comparative : hors effet des cycles longs Euromillions, le PBJ de la loterie progresse en réalité de 1,0 %, et celui de la loterie en ligne de 6,0 %. La performance structurelle est donc positive, masquée par un effet de base défavorable.
La performance du Groupe au premier semestre est toujours affectée par des alourdissements de fiscalité auxquels se sont ajoutés des aléas propres à l’activité de loterie et l’effet des conditions climatiques exceptionnelles, qui ont pesé sur la fréquentation des points de vente en France.
Stéphane Pallez – Présidente Directrice Générale FDJ United
Le détail par segment confirme cette lecture. Les jeux de tirage reculent de 7,6 % en PBJ, tandis que les jeux instantanés progressent de 2,3 %, une divergence qui traduit un rééquilibrage du mix produit vers l’instantané, plus résilient aux aléas des jackpots. Les paris sportifs en point de vente affichent quant à eux une trajectoire en amélioration au deuxième trimestre, portée par une offre jugée plus attractive, même si le semestre reste en baisse de 1,1 % en PBJ à 450 millions d’euros.
Sur le plan de la profitabilité, l’EBITDA courant de la BU s’établit à 423 millions d’euros, soit un taux de marge de 34,1 %, contre 36,0 % un an plus tôt. La baisse des charges variables, portée par la moindre rémunération des détaillants, ne compense pas totalement l’effet ciseau entre chiffre d’affaires et charges fixes, ces dernières étant tirées à la hausse par les prestations informatiques (+8,4 %) et la nouvelle taxe additionnelle sur la publicité.
Paris et jeux en ligne : la consolidation reste coûteuse aux Pays-Bas et au Royaume-Uni
La BU Paris et jeux en ligne présente un PBJ quasiment stable à 702 millions d’euros (-0,2 %), mais un chiffre d’affaires en recul de 7,4 % à 431 millions d’euros, l’écart s’expliquant par près de 24 millions d’euros de hausses fiscales cumulées. Hors Pays-Bas et Royaume-Uni, le tableau est nettement plus favorable : le PBJ progresse de 6,6 % et le chiffre d’affaires de 0,6 %, tiré par de bonnes performances en France et en Scandinavie (Danemark, Suède et Finlande).
Le cas néerlandais illustre une trajectoire de stabilisation progressive. Après une chute de 15,0 % du PBJ au premier trimestre par rapport à 2025, le repli s’est réduit à 4,1 % au deuxième trimestre, avec une progression séquentielle de plus de 10 % entre les deux trimestres. Ce redressement intervient dans un environnement toujours marqué par les restrictions publicitaires et le développement du marché illégal aux Pays-Bas, un sujet suivi de près par les régulateurs européens.

Au Royaume-Uni, en revanche, la situation reste difficile, et le groupe indique que le plan d’actions engagé ne produira ses premiers effets qu’à partir de fin 2026, un horizon à surveiller pour les acteurs positionnés sur ce marché fiscalement de plus en plus contraignant : la taxe sur les jeux de casino en ligne y est passée de 21 % à 40 % du PBJ au 1er avril 2026, et celle sur les paris sportifs en ligne passera de 15 % à 25 % dès avril 2027.
La rentabilité de la BU se dégrade nettement, avec un EBITDA courant de 67 millions d’euros et un taux de marge de 15,5 %, contre 20,3 % au premier semestre 2025. FDJ United a par ailleurs annoncé avoir engagé une revue des marchés de cette BU ainsi que des actifs non cœur de métier au sein de la BU Paiement et Services, un signal qui ouvre la porte à des arbitrages stratégiques, voire à des cessions, sur certains territoires jugés moins prioritaires.
Loterie internationale et Paiement et Services : des tailles réduites, des trajectoires contrastées
La BU Loterie internationale, portée principalement par Premier Lotteries Ireland, affiche une performance en amélioration avec un chiffre d’affaires de 81 millions d’euros et un EBITDA courant de 17 millions d’euros, contre 15 millions d’euros un an plus tôt.
Le développement du digital y compense le recul de l’activité B2B, le groupe ayant choisi d’arrêter certains contrats jugés non profitables, une décision qui traduit une discipline accrue dans l’allocation des ressources. La BU Paiement et Services reste marginale et légèrement déficitaire, avec un EBITDA courant de -3 millions d’euros, dans un contexte d’optimisation du portefeuille d’activités.
Une rentabilité groupe maîtrisée malgré un résultat net négatif
Au niveau consolidé, l’EBITDA courant s’établit à 404 millions d’euros, en baisse de 8,4 %, pour une marge de 22,7 % contre 23,6 % un an plus tôt, un niveau que FDJ United qualifie lui-même de conforme à son objectif annuel. Le résultat opérationnel courant recule plus fortement, de 15,1 % à 229 millions d’euros, sous l’effet de dotations aux amortissements en hausse.
Le résultat net consolidé, en revanche, bascule en territoire négatif à -16 millions d’euros, contre 136 millions d’euros au premier semestre 2025. Cette bascule s’explique principalement par 135 millions d’euros de dépréciations d’actifs incorporels au sein de la BU Paris et jeux en ligne, un élément non courant qui pèse sur la lecture comptable sans remettre en cause la performance opérationnelle.
Le résultat net ajusté, indicateur privilégié par le groupe pour piloter sa politique de dividende, ressort à 180 millions d’euros, en recul de 19,0 %, notamment affecté par 20 millions d’euros de contribution fiscale exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises.
Structure financière solide, perspectives resserrées
La dette financière nette du groupe s’établit à 1 964 millions d’euros à fin juin 2026, stable sur un an, et Moody’s a confirmé en juillet la notation investment grade Baa1 avec perspectives stables. Ce socle financier permet à FDJ United de maintenir sa trajectoire d’investissement, notamment les relancements prévus d’Euromillions et du Loto en 2027, ainsi que le lancement d’un nouveau jeu instantané à 10 euros.

Sur le plan des objectifs annuels, le groupe ajuste sa cible : il vise désormais une stabilité du PBJ sur ses deux BU principales, contre une ambition plus offensive auparavant, et une baisse « low single digit » du chiffre d’affaires sur l’exercice. La fourchette de marge d’EBITDA courant, comprise entre 23 % et 24 %, est en revanche maintenue, tout comme l’engagement de progression annuelle du dividende sur la base d’un taux de distribution d’au moins 75 % du résultat net ajusté.
Ce que ces résultats disent du marché
Pour les acteurs B2B du secteur, ces résultats confirment une tendance structurelle observée sur plusieurs marchés européens depuis un an : la fiscalité devient le principal facteur de dégradation du chiffre d’affaires, davantage que l’activité elle-même. La France, les Pays-Bas, la Roumanie et le Royaume-Uni ont tous relevé leurs prélèvements sur des fenêtres rapprochées, créant un effet cumulatif que les opérateurs ne peuvent absorber qu’en partie par des gains d’efficacité opérationnelle.
La capacité de FDJ United à maintenir sa marge dans la fourchette cible, malgré ce contexte, valide la pertinence de son plan de performance engagé depuis 2025, mais l’ajustement à la baisse de l’objectif de PBJ sur l’année traduit aussi une forme de prudence face à une base de comparaison qui reste élevée au troisième trimestre. La prochaine étape à surveiller sera la publication du chiffre d’affaires à fin septembre, prévue le 21 octobre 2026.