En juin 2026, les opérateurs de paris sportifs ont versé 9 millions d’euros de bonus d’acquisition, presque quatre fois plus qu’en juin 2025. Sur ce mois du coup d’envoi de la Coupe du monde, le pari sportif en ligne compte 3,1 millions de comptes actifs, 69% de plus qu’un an plus tôt. Ces chiffres figurent dans le rapport semestriel de l’ANJ, mis en ligne le 14 octobre 2026. Ils décrivent un marché qui ne progresse plus que par le jeu en ligne.
Une croissance à +0,5%, portée par le seul jeu en ligne
Hors casinos et clubs de jeux, le produit brut des jeux (PBJ) s’établit à 5,66 Md€ au premier semestre 2026. La hausse n’est que de 0,5%, après +4,1% au premier semestre 2025. Le jeu en ligne atteint 1,45 Md€ (+11%) et pèse désormais 25,6% du marché, 2,4 points de plus qu’un an plus tôt. Le pari sportif apporte 7,9 points de cette croissance, le poker 2,6 points et les paris hippiques 0,3 point.

Les deux opérateurs sous droits exclusifs sont à la traine. FDJ United retire 1,2 point à la croissance, le PMU 0,8 point. Chez FDJ United, les jeux de tirage reculent de 7,6%. L’opérateur invoque des jackpots Euromillions moins nombreux et les canicules du printemps, qui ont réduit la fréquentation des points de vente. La rédaction des Enjeux avait détaillé ses résultats semestriels le 31 juillet 2026.
Pari sportif : la Coupe du monde en moteur
Au premier semestre 2026, les mises du pari sportif en ligne atteignent 6,6 Md€ (+10,6%) et le PBJ 995 M€ (+11,6%). De janvier à mai, les mises ne progressent que de 4%. En juin, avec le début de la Coupe du monde, elles bondissent de 47% sur un an. Le football fournit 8,6 des 10,6 points de hausse et 56% des mises du semestre.
Les nouveaux venus misent petit. La mise par compte actif recule de 14% sur le semestre. En juin, la mise moyenne par pari tombe de 17,4 € à 14,7 €. Le parieur de Coupe du monde joue aussi moins en direct : le live ne pèse que 44% des mises de juin, contre 54% en juin 2025.
Ce recrutement n’a rien de magique, et il coûte cher quand on veut garantir son efficacité. Les gratifications versées aux parieurs atteignent 129 M€ (+35%), soit 12,9% du PBJ contre 10,7% un an plus tôt. Juin en concentre 35,5 M€, contre 14,5 M€ en juin 2025. Les bonus d’acquisition, en baisse de 6% de janvier à mai, montent à 9 M€ sur le seul mois de juin. Cet effort accompagne une Coupe du monde qui a battu des records de mises.
Poker en ligne : le spectaculaire rebond
En octobre 2025, le poker en ligne semblait en recul. Sur le périmètre harmonisé depuis par l’ANJ, son PBJ était en fait quasi stable au premier semestre 2025 (-0,4%). Il atteint 290 M€ au premier semestre 2026 (+13,4%). Les comptes actifs grimpent de 38,5%, à 2,3 millions, et les joueurs uniques de 34%, à 1,8 million.
La hausse commence dès janvier, avec +16% de comptes actifs sur un an, puis de 21% à 29% de mars à mai et 62% en juin. Les joueurs de poker forment désormais 44% des joueurs uniques du jeu en ligne, contre 38% un an plus tôt.

Les Sit&Go, presque tous à dotation variable, portent l’essentiel de cette croissance. Dans ces parties courtes, le prix en jeu est tiré au sort avant la première main. Ils pèsent 70% du PBJ du poker, soit 202 M€. Leur progression accélère au fil du semestre : +5% à +10% de janvier à mars, environ +20% en avril et en mai, près de +30% en juin. Le cash game se stabilise (+2,8%), après -14% au premier semestre 2025.
Cet afflux ne s’achète pas en bonus. Les bonus d’acquisition du poker reculent de 15%, et les gratifications par compte actif passent de 27 € à 22 €. Chaque compte rapporte aussi moins : le PBJ par compte actif baisse de 18%, de 153 € à 126 €. Le 8 octobre 2026, la rédaction des Enjeux analysait le programme de fidélité Winamax Overdrive.
Le poker est devenu un produit complémentaire des paris sportifs, une stratégie qui a contaminé le marché après la refonte du logiciel de poker de Betclic en 2024.
Pari hippique : le réseau du PMU perd du terrain
Le pari hippique en ligne signe sa plus forte hausse depuis 2021 : +15,8%, à 920 M€ d’enjeux. Le nombre de joueurs ne progresse que de 3%, et chacun mise davantage. Son PBJ ne gagne que 2,8%, à 164 M€.
Au premier semestre 2026, le réseau du PMU sous droits exclusifs recule pour la troisième année consécutive. Ses enjeux baissent de 3,8%, à 3,1 Md€, et son PBJ de 5,8%, à 782 M€. L’ANJ explique l’écart en partie par la hausse du taux de retour aux joueurs du pari Simple en point de vente, passé de 83,6% à 84,6% en octobre 2025. En deux ans, le réseau a perdu 264 M€ d’enjeux. Sa part de marché tombe à 13,8%, et le pari sportif en ligne le devance de 3,8 points.
Le budget 2026 du PMU, adopté le 30 juin, prévoit 725 M€ pour la filière hippique, contre 802 M€ en 2025 (-9,6%). Le 24 avril 2026, la rédaction des Enjeux décrivait l’offensive de Cyrille Giraudat, directeur général depuis janvier.
Perspectives : l’après-Mondial sous surveillance
L’année dépendra d’abord de FDJ United, qui pèse 61% du PBJ hors casinos et clubs de jeux. L’opérateur vise un PBJ stable en 2026 pour son réseau en France. Le jeu en ligne sort du premier semestre 2026 avec 5,85 millions de comptes actifs, un niveau inédit (+24%). Pour l’ANJ, l’activité de ces joueurs après la finale du 19 juillet « indiquera si la Coupe du Monde a durablement élargi le bassin de parieurs ».
Le plan stratégique 2027-2029, que l’ANJ prépare, devrait ouvrir une période charnière pour le marché, en particulier pour les opérateurs sous droits exclusifs. Pascal Chevremont, président de l’ANJ, y place l’identification en point de vente parmi les priorités, dans un entretien aux Enjeux du 14 octobre 2026. La rédaction des Enjeux suivra de près les décisions stratégiques de FDJ United et du PMU.