Bruno Cousein a prononcé son discours dans un bâtiment que la commune a récupéré le 18 février 2026 avec le concours de la force publique. Le maire de Berck-sur-Mer a décrit une issue obtenue « après une succession d’épisodes juridiques à rebondissements », et repris à son compte la formule de la presse locale, « la guerre des casinos ». La rédaction des Enjeux était présente et a enregistré les prises de parole.
La chronologie du contentieux de l’Infiniti Berck
Le dossier oppose depuis 2025 la commune au groupe Partouche, dont la filiale Jean Metz exploitait le casino depuis le début des années 1990. Partouche avait acquis les murs auprès de la commune à la fin des années 1990, un montage que le Conseil d’État a fini par neutraliser.
| Date | Décision |
|---|---|
| 17 juillet 2025 | Le Conseil d’État (n° 503317) qualifie le bâtiment de bien de retour, alors qu’il appartient à une société tierce au contrat, au motif de liens étroits avec le concessionnaire. |
| 24 novembre 2025 | Le conseil municipal attribue la DSP pour 12 ans à la société du Grand Casino de Dinant, filiale d’Infiniti, à compter du 1er janvier 2026. |
| 11 décembre 2025 et 14 janvier 2026 | Le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer interdit tout transfert de propriété et toute prise de possession dans l’attente d’un jugement au fond. |
| 19 décembre 2025 et 12 janvier 2026 | Le juge des référés du tribunal administratif de Lille ordonne la remise du bâtiment sous astreinte de 500 euros par jour. |
| 18 février 2026 | Le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch accorde le concours de la force publique. La ville change les serrures et remet les clés à Infiniti. |
| 4 mars 2026 | Le Conseil d’État rejette les recours de Groupe Partouche et de Jean Metz et confirme la compétence du juge administratif. |
| 2 avril 2026 | La cour d’appel de Douai annule l’ordonnance du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer du 14 janvier 2026. |
L’arrêt du 17 juillet 2025 ferme la possibilité de loger les murs d’un casino dans une société sœur pour les soustraire au retour gratuit en fin de concession. Il sert depuis de référence partout où l’exploitant et le propriétaire appartiennent au même groupe. Le cabinet Deloitte y voit, dans une note du 25 juin 2026, une évolution jurisprudentielle contestable et un recul du droit de propriété. Le conflit de compétence entre juge judiciaire et juge administratif a été porté devant le Tribunal des conflits. Nous avions suivi ces étapes le 6 mars 2026, puis lors de l’autorisation d’exploitation du 16 mai 2026.

Les 39 salariés et les « tentatives d’intimidation »
Bruno Cousein a justifié la ligne de la commune par deux impératifs, garantir les emplois des 39 salariés et préserver les recettes de jeu de la ville. Il a remercié Infiniti d’avoir maintenu les salaires pendant toute la fermeture, du 1er janvier au 9 juillet 2026, une charge qu’il a présentée comme non prévue au départ.
Plusieurs salariés interrogés par la rédaction des Enjeux pendant la soirée sont revenus spontanément sur ce point. Ils décrivent le maintien de la rémunération comme ce qui a tenu l’équipe pendant les 6 mois d’incertitude, et l’expriment avec une reconnaissance qui tranche avec la tonalité juridique du reste de la soirée.
Sur la procédure, le maire a évoqué des moments de doute, « certaines pressions » et ce qu’il a qualifié de « tentatives d’intimidation », sans en désigner les auteurs. Il a ajouté que la jurisprudence issue du dossier « fait référence » et a clos le débat, tout en reconnaissant dans la même phrase que les instances sont toujours en cours.
De la gare de 1909 au casino des lapins
Construit en 1909 comme gare de Berck-Plage, le bâtiment devient gare routière en 1955, puis casino à la charnière des années 1990 et 2000. Berck a compté jusqu’à 5 casinos. Le premier, installé au début du XXe siècle au milieu des dunes et des garennes, était surnommé « le casino des lapins » par les habitants. Le site porte aujourd’hui le nom de Cottage des Dunes et a hébergé des équipes d’Infiniti pendant les travaux. Le casino voisine désormais avec le cinéma, la médiathèque et le Kursaal (salle polyvalente).
Le projet d’Infiniti à Berck
Jesus Espino, directeur général délégué, a ouvert la soirée par une série de remerciements aux services de la ville, aux entreprises du chantier et aux services de l’État, dont il a rappelé que les exigences conditionnent l’ouverture d’un casino. La restauration bistronomique occupe une place importante dans son projet. La fréquentation depuis le 9 juillet 2026 aurait dépassé les prévisions du groupe.
Jurgen De Munck, président exécutif d’Infiniti, a remercié le conseil municipal et les avocats qui suivent le groupe depuis sa candidature à la DSP. Il vise des partenariats avec les commerçants, les entreprises et les associations berckoises, et a rappelé que la prévention relève du métier d’opérateur. Berck-sur-Mer est la deuxième implantation française du groupe belge après Grasse, inauguré le 19 février 2025. La rénovation représente près de 8 millions d’euros pour 4 mois de travaux, avec 65 machines à sous et 20 postes de roulette électronique au démarrage.

Une note de 3,3 sur Google
La fiche Google de l’établissement affiche 3,3 sur 5 pour 54 avis, relevé le 18 septembre 2026. Le chiffre est bas pour un casino qui sort de 4 mois de rénovation. Les avis publiés mélangent des retours élogieux sur l’accueil et la table avec des critiques sur l’attente à l’enregistrement. Deux lectures tiennent. La note peut refléter des difficultés de montée en charge sur les premières semaines d’exploitation. Elle peut aussi porter la trace du conflit qui a précédé la reprise. Aucun élément public ne permet de trancher, et 54 avis restent un échantillon trop mince pour en tirer une tendance.
La délégation court jusqu’au 31 décembre 2037. Toutes les procédures engagées par Partouche n’ont pas rendu leur décision.