Un PSE qui cristallise les tensions sociales
Le PMU a acté son plan de sauvegarde de l’emploi. Selon les informations de Libération publiée le 8 septembre, le texte prévoit au moins 47 suppressions de postes sur près de 1 000 salariés, un chiffre qui pourrait grimper jusqu’à 139 si l’on intègre les refus de reclassement liés à la réorganisation territoriale du réseau commercial, soit plus de 10 % de la masse salariale totale.
Trois syndicats sur quatre ont signé l’accord ; seule la CFDT a refusé de parapher le texte, dénonçant un « suicide commercial » et la volonté « d’envoyer des salariés à l’abattoir ». Le PSE doit encore passer devant le Comité social et économique le 23 septembre, puis être validé par la direction du travail dans les semaines suivantes.
Le plan ne touche que la branche commerciale en région, soit environ 350 salariés, épargnant totalement le siège parisien. Une décision qui cristallise les critiques : ce sont précisément les équipes de terrain, chargées d’entretenir le réseau de partenaires et de mener une politique commerciale offensive, qui absorbent l’ajustement, au moment même où la direction réclame davantage de présence locale.
Un marché hippique en érosion continue
Au-delà du conflit social, ce PSE traduit une réalité de marché que le PMU peine à endiguer depuis des années. Concurrencé par l’essor des paris sportifs en ligne, qui l’ont dépassé dès 2024, l’opérateur hippique voit ses volumes s’éroder : 6,6 milliards d’euros de mises en 2024, en repli de 2 % sur un an et 4 % sous les objectifs initiaux, une tendance confirmée en 2025.
Le rapport de l’Inspection générale des finances de juin 2025 pointait déjà le risque d’une baisse durable des enjeux hippiques. Le vieillissement de la clientèle, le déficit de visibilité des retransmissions (la chaîne Equidia reste absente de la TNT) et une application jugée peu accessible par les parieurs achèvent de fragiliser un modèle économique sous tension.
En vingt ans, le nombre de parieurs a été divisé par trois, selon Benjamin Boitez, président de l’Association nationale des turfistes, qui pointe un virage numérique manqué dans les années 2000.
Un modèle économique à bout de souffle
C’est là que le paradoxe devient structurel. Le PMU et ses deux sociétés mères, France Galop et Le Trot, ont pour mission statutaire de financer la filière hippique via la redistribution des enjeux. Mais quand le produit des paris décroît année après année, c’est l’ensemble de l’écosystème, hippodromes, éleveurs, propriétaires, qui se retrouve fragilisé par un train de vie institutionnel resté calé sur des niveaux de revenus révolus.
Le plan « PMU 2030 », lancé à l’été 2025 sous l’impulsion du gouvernement et piloté par Éric Woerth, ambitionne de corriger la trajectoire. En attendant, la direction assure que ce PSE « vise à redéployer nos équipes au plus près de nos clients partenaires et parieurs », un objectif que la CFDT juge contradictoire avec la suppression des postes mêmes chargés de nouer de nouveaux partenariats.
