Dix ans plus tard, les clés et le constat
Quand Olivier Stachowiak reprend les clés du Resort Barrière de Ribeauvillé en mars 2024, il connaît la maison par cœur. Il y a déjà passé neuf ans comme Directeur des Jeux, de 2005 à 2014.
Mais dix ans, ça change un établissement. « J’ai eu le plaisir de retrouver des collaborateurs qui étaient encore là, des clients qui m’ont retrouvé », raconte-t-il. « Mais j’ai aussi retrouvé certaines infrastructures qui n’étaient plus adaptées et qui nécessitaient un rafraîchissement. » Le constat est posé dès les premières semaines.
La suite logique, c’est ce qui démarre aujourd’hui : un chantier de 10 millions d’euros, une extension de 800 m², et une promesse de réouverture complète à l’automne 2027.
Le Casino de Ribeauvillé, ouvert en 2005, est devenu resort intégré en 2012 avec l’adjonction d’un hôtel et d’un espace balnéo de 3 600 m². Une configuration rare dans le paysage casinotier français, qui lui vaut 313 000 visiteurs annuels côté casino et 200 000 côté hôtel et balnéo.
Avec 36,9 millions d’euros de Produit Brut des Jeux en 2025, il occupe la 12e place nationale, tout comme en 2024.

« On étouffait vite » : quand les clients écrivent le brief
Le renouvellement de la délégation de service public en 2024, pour vingt ans, a cristallisé le passage à l’acte. « La DSP, c’est le déclencheur du projet. Mais on ne l’attend pas non plus pour bouger », précise Olivier Stachowiak.
Ce qui a rendu la rénovation urgente et nécessaire, c’est plus prosaïque : les clients le disaient eux-mêmes. « Avec 200 machines, c’est assez tassé. On a eu de nombreux retours clients nous indiquant qu’on étouffait vite au sein du casino. » 800 m² supplémentaires, c’est d’abord une réponse à cette gêne. « C’est forcément du confort client supplémentaire. »
L’expérience client, justement, c’est le fil conducteur revendiqué du projet, bien avant les indicateurs de performance. « Notre objectif primaire, c’est d’optimiser l’expérience client, fluidifier le parcours au sein des espaces de jeux », insiste le directeur général.
Dans le vocabulaire des grands opérateurs casinotiers, la formule est devenue un standard. Ici, elle se décline concrètement : nouvelle entrée, espaces agrandis et lumineux, agencement repensé entre jeux et restauration, et un bâtiment enfin homogène entre le corps originel de 2003 et l’extension de 2012, une hétérogénéité architecturale jamais vraiment résolue depuis quatorze ans.

Le jeu électronique explose, le poker tient son rang
Côté jeux, le renforcement est mesurable : 225 au lancement puis jusqu’à 250 machines à sous (contre 200 aujourd’hui), 71 postes de jeux électroniques (contre 59), et une dixième table de jeux traditionnels pour agrandir l’offre de roulette anglaise..
Olivier Stachowiak note lui-même l’évolution de cette composante depuis son premier passage : « À mon départ en 2014, il devait y avoir une vingtaine de postes de roulette électronique. À mon retour, il y en avait 51 plus 7 blackjack électronique, une offre qui a vraiment explosé. »
La trajectoire continue. Et avec elle, la digitalisation du groupe via B Play, qui « risque d’attirer une clientèle plus jeune », concède-t-il, sans que cela ne remette en cause les engagements en matière de jeu responsable.
Le poker occupe une place à part dans ce tableau. Depuis 2007, Ribeauvillé est l’un des rares casinos de l’Est actifs sur le produit. La rénovation n’entend pas rompre cette continuité mais elle impose une pause. Pas d’édition du Barrière Poker Tour en 2026. « On ne voulait pas dénaturer le produit, avoir une prestation dégradée », explique Olivier Stachowiak.
Le BPT reprendra ses droits dès 2027. « La place du poker ne va pas se réduire ou grandir. Elle retrouvera son niveau habituel à la fin des travaux. » Les tournois mensuels pour les habitués, eux, continuent chaque premier dimanche du mois.
Un casino qui vit la nuit et construit le jour
La restauration est l’autre axe fort de la transformation.
Le resort importe le concept Chérie Cherry, restaurant-bar lounge 100% Barrière Casino, déjà déployé à Cannes et Enghien, et double la capacité : de 60 à 140 couverts pour ce seul espace. Au total, le resort passera à 260 couverts (avec la Brasserie et le Belvédère) contre 140 aujourd’hui.
La terrasse, doublée à 400 m², est pensée pour des animations avec DJ sets, barbecues, retransmissions de matchs. « On veut des espaces plus festifs », dit Olivier Stachowiak. « Le but du groupe, c’est de créer des émotions. » Le Café des Sports, lui, sera réaménagé avec une partie accessible hors VDI, un signal d’ouverture vers un public plus large.
Rester ouvert tout au long du chantier : c’est la contrainte technique centrale, présentée par Barrière comme une « prouesse ». Trois phases successives permettront de maintenir l’exploitation. Été 2026 : extension et nouvelle entrée. Hiver 2026 : nouvelles cuisines et Chérie Cherry. Printemps 2027 : réaménagement des espaces de jeux. Inauguration à l’automne 2027.
« De la qualité de la tenue des travaux va dépendre l’impact sur le PBJ », reconnaît le directeur général. Mais il se dit confiant : 100% des vingt entreprises mobilisées sont locales, des prestataires présents depuis l’ouverture du casino en 2003, qui connaissent les impératifs d’un site qui vit la nuit.

Rester avant-gardiste, l’ambition de fond
À l’horizon 2030-2032, c’est le second volet du resort qui entrera en transformation : hôtel, balnéo et parking pour un investissement de 14 millions d’euros supplémentaires.
Augmentation du nombre de chambres, salle de sport, activités périphériques. « Le Resort, quand il a été créé en 2012, il était avant-gardiste pour la Région. On doit réussir à rester avant-gardistes en nous modernisant », résume Olivier Stachowiak. Le diagnostic est lucide : depuis 2012, les acteurs hôteliers régionaux ont eux aussi investi. L’avance n’est pas acquise.
Sur le positionnement national, le directeur général joue la carte de l’ambition maîtrisée. Ribeauvillé est aujourd’hui 12e casino français. Entrer dans le Top 10 ? « Ce n’est pas un objectif. C’est une ambition que l’on nourrit. L’objectif, c’est le confort pour les joueurs, améliorer l’expérience, nos prestations, et avec cela, le Top 10 devrait arriver. »
La formule résume bien l’état d’esprit du projet : ne pas construire pour les classements, mais pour les gens qui poussent la porte. Et espérer que les deux coïncident.