Animateur, producteur, créateur de contenus et désormais organisateur d’événements, Loïc Xans occupe une place singulière dans l’écosystème poker. À travers sa chaîne YouTube Dans le Carré et ses collaborations avec de nombreuses marques, il a su installer un lien direct avec joueurs, opérateurs et institutions.
En 2025, il a frappé un grand coup avec les Francophone Poker Awards, cérémonie pensée depuis plusieurs années et destinée à récompenser les acteurs qui font vivre et évoluer ce secteur. Pour cette seconde édition annoncée en janvier 2026, la présélection des nommés vient d’être dévoilée et les votes du public ouvriront le 24 novembre.
Dans cet entretien, il revient sur ce qui a fonctionné, ce qui devait évoluer et ce qu’il souhaite construire pour les éditions à venir.
Un an après la première édition des Francophone Poker Awards, quel bilan concret dressez-vous en termes de participation, de résonance médiatique et d’impact sur la communauté ?
La participation du public a été excellente, avec plusieurs milliers de votants. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’adhésion massive de la profession : pour la première fois depuis plus de dix ans, tous les acteurs influents du secteur se sont réunis dans un même lieu pour célébrer le poker. Ils sont tous venus.
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Côté visibilité, l’événement a été largement relayé. Des médias spécialisés comme 100% Poker d’Harper ont joué un rôle clé. L’objectif désormais est d’élargir la couverture vers la presse généraliste.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les retours reçus, positifs comme négatifs ?
Honnêtement, le plus surprenant a été… de ne recevoir que des retours positifs. Les participants étaient sincèrement heureux de se retrouver. Ils ont apprécié la dynamique de la soirée, l’ambiance bienveillante et l’esprit de fête. Et surtout, ils ont vu dans ces Awards la preuve concrète de la vitalité et de la solidité de notre industrie.

Avant l’événement, certaines critiques visaient les méthodes de nomination et de vote. Quelles étaient précisément les limites du système initial ?
Il fallait bien commencer quelque part. Je ne voulais pas d’un collège de votants désigné sans raison claire. Je savais déjà vers quel modèle je voulais aller, mais il nécessitait une première édition.
J’ai donc assumé seul la présélection même si cela a impliqué des dizaines de coups de fil pour affiner mes choix.
Pour le vote, je craignais qu’obliger la création de comptes fasse naître des soupçons sur la collecte de données. Ironie du sort : tout le monde a finalement donné son mail pour obtenir des invitations !
Résultat : cette année, chaque votant doit créer son compte, indispensable pour éviter les votes infinis via VPN.
Quel est le dispositif de nomination pour 2026, et en quoi garantit-il plus de transparence et de légitimité ? Avez-vous associé des acteurs externes ?
Il n’y a pas de nouveau dispositif : il s’agit du système final, pensé dès le lancement. Chaque année, les lauréats individuels deviennent les votants pour la présélection suivante.
Pour 2026, ce sont par exemple Florence Mazet, Hadrien Gallois, Flavien Guenan ou Julien Brécard qui ont voté.
J’ai aussi souhaité intégrer des voix externes comme Julien Tissot, Gabriel Fischer ou Étienne PKR (streamer poker) afin d’assurer une pluralité maximale. La moyenne de toutes leurs propositions a donné, je pense, une très belle présélection.
La capacité à rassembler toute l’industrie a été l’un des grands succès de la première édition. Comment expliquez-vous cette adhésion immédiate ?
Je travaille avec toute l’industrie depuis une dizaine d’années. J’ai noué des relations fortes, parfois amicales. Les acteurs savent que je travaille avec bienveillance.
J’ai aussi très vite obtenu la confirmation de personnalités majeures : Gregory Chochon, Apo Chantzis, Patrick Partouche, le groupe Circus, Winamax… Cela a créé un effet d’entraînement naturel.
Et puis il y avait une vraie envie collective de se retrouver, dans un moment où le poker se porte bien et où les perspectives sont positives. Quand on connaît le nombre de tentatives ratées par le passé, je suis profondément reconnaissant d’avoir pu rassembler tout ce monde.

Pourquoi avoir choisi un format “francophone” plutôt que strictement français ? Quels avantages et contraintes ce périmètre implique-t-il ?
Le choix s’est imposé d’abord pour valoriser le marché belge, que je connais bien. La Suisse aussi méritait d’être représentée, même si ses contraintes réglementaires réduisent la diversité.
À terme, l’objectif est d’ouvrir aux autres territoires francophones : Maroc, Monaco, Québec… Rien n’est fermé.
La clé est d’adapter les catégories : certaines doivent être communes, d’autres spécifiques. C’est ce qui nous a conduit, par exemple, à séparer cette année la catégorie “meilleure room online” entre France et Belgique.
La deuxième édition doit éviter l’effet de redite. Quelles nouveautés majeures introduisez-vous en 2026 ?
Nous conservons le même lieu et la même période de l’année, indispensable pour installer la marque “Francophone Poker Awards”. La nouveauté viendra du renouvellement naturel des catégories.
Nous avons aussi noué un partenariat avec la Fédération Française de Poker Associatif, qui a réalisé une présélection interne dans deux nouvelles catégories dédiées.
Et surtout, la cérémonie sera diffusée en direct sur les réseaux sociaux.
Quels sont les principaux défis pour maintenir un événement annuel dans un marché restreint et concurrentiel comme celui du poker ?
Le premier défi est financier. Notre sponsor historique, Mercedes Sodira, a été essentiel. Cette année, Double Up nous rejoint : une marque hors poker, une autre qui entre dans ce secteur, deux partenaires solides, qui souhaitent s’inscrire dans la durée.
Ensuite, c’est un défi personnel : je travaille sur cet événement toute l’année. Mais c’est aussi l’un de mes plus grands rêves professionnels, donc j’en savoure chaque étape.
Je suis l’initiateur et le directeur des Francophone Poker Awards, mais il existe un propriétaire derrière le projet. Il apporte une structure solide, du sérieux et de la sécurité.
J’ai mis des années à construire ce projet : la pérennité n’est pas un vœu, c’est une stratégie. Nous sommes là pour longtemps, pour contribuer au développement du poker français.
Comment assurer la pérennité des Awards, quand tant d’initiatives indépendantes ont échoué par le passé ?
Quel acteur ou secteur du poker n’a pas encore trouvé sa place dans les Awards, et comment comptez-vous l’intégrer ?
À terme, tout le monde trouvera sa place. Le développement progressif des catégories nous conduira nécessairement à récompenser des vidéastes, des photographes, des journalistes, des directeurs de tournois…
Les Awards d’honneur permettent déjà de valoriser ceux qui ont construit ce que le poker est aujourd’hui.
La seule catégorie impossible à mettre en place, malheureusement, est celle des croupiers. “Dealer de l’année” serait symboliquement magnifique, mais structurellement impossible.

Dans cinq ans, souhaitez-vous que les Francophone Poker Awards deviennent un label d’excellence ou avant tout un rendez-vous incontournable ?
Je veux que ce soit LE rendez-vous annuel de toute l’industrie du poker. Ce serait déjà énorme. Restons lucides : travaillons pour que chaque édition soit un moment fort, utile et agréable pour tous.
Question Les Enjeux : Si vous pouviez ajouter une question que nous aurions oubliée, laquelle serait-ce et quelle serait votre réponse ?
Ma question est : Où va le monde du gambling en France ? Malheureusement, ma réponse est Droit dans le mur !
Nous sommes le dernier pays d’Europe à ne pas avoir légiféré sur les casinos en ligne. Les casinos physiques sont taxés à 52 % du PBJ. Pourquoi GG Poker, leader mondial, n’est-il pas accessible en France ?
Cette inertie crée une hypocrisie colossale : les joueurs utilisent des VPN, les capitaux partent à l’étranger, alors que l’État cherche désespérément de nouvelles recettes. On parle d’addiction cette semaine, mais on refuse toujours de réguler le casino en ligne, laissant les joueurs se ruiner sur des plateformes offshore sans prévention possible.
Ajoutez à cela l’exode massif des joueurs professionnels, étranglés fiscalement, alors qu’ils pourraient consommer en France. Quand on est entrepreneur, c’est désespérant de voir un pays agir à contre-logique économique.
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