Le 26 mars 2026 marquera un tournant discret mais historique pour Saumur. La ville fait partie des premières communes à bénéficier de l’élargissement des critères autorisant l’implantation d’un casino, une évolution réglementaire rare qui redistribue les cartes dans le paysage casinotier français.
À cinq mois de l’ouverture du futur casino JOA, installé dans l’ancien bâtiment des Halles puis du cinéma Le Palace, Les Enjeux est allé à la rencontre de Laetitia Nespola, nommée directrice générale en septembre 2025.
Ouvrir un casino neuf est une aventure que l’on raconte finalement assez peu. Derrière les annonces officielles, ce sont des mois de coordination, de choix structurants et de questions très concrètes qui accompagnent la naissance d’un établissement de jeux.
À travers cette interview, Laetitia Nespola revient sur les racines du projet, l’attente forte des habitants et les défis d’une équipe à construire presque ex nihilo. L’occasion de comprendre comment on prépare, très concrètement, un casino appelé à devenir un nouveau pôle d’attractivité en Val de Loire.
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Votre parcours vient du divertissement puis du marketing de casino. Quel fil conducteur vous a préparée à piloter aujourd’hui l’ouverture d’un établissement ?
J’ai débuté à Nigloland (parc d’attractions dans dans l’Aube) où j’ai passé quinze ans comme Responsable Commercial, dont une partie sur le lancement d’un hôtel. C’est là que j’ai appris le sens du détail, l’importance de l’expérience et de la relation client.
Quand je suis arrivée au casino Barrière de Blotzheim en 2014, je ne connaissais rien à l’univers des jeux : un choc, mais surtout une formation accélérée. J’ai passé énormément de temps sur le terrain pour comprendre les mécaniques, la réglementation et les attentes réelles des joueurs.
Ensuite, rejoindre JOA au Lac du Der m’a permis de revenir à la maison après la période COVID. J’y ai rapidement pris la place de Directeur Général Adjoint avant de basculer dans le projet Saumur en 2025. Tout mon parcours m’a préparée à ce mélange d’exigence, d’écoute et de construction collective.
Lors de votre première visite à Saumur, qu’est-ce qui vous a le plus frappée : le bâtiment, sa mémoire ou l’attente de la population ?
Les trois, en réalité. Ce bâtiment a eu plusieurs vies : Les Halles au XVIIIᵉ siècle, puis un cinéma… On sent l’attachement des habitants. Et ce qui m’a étonnée, c’est le nombre très réduit de détracteurs.
L’imaginaire autour du casino est souvent biaisé, mais ici, les saumurois étaient surtout curieux et enthousiastes. Il a fallu canaliser cette énergie pour rester concentrés sur l’objectif : ouvrir en mars 2026.

L’enthousiasme local est fort, mais l’échéance de mars 2026 l’est tout autant. Comment trouvez-vous l’équilibre entre écoute du territoire et rigueur opérationnelle ?
En fixant des priorités très claires. Le projet suscite énormément d’espoirs et de sollicitations. Mais si je réponds à tout, je ne construis plus. Parfois, il faut dire non, expliquer, tracer un cadre. La meilleure manière de respecter cet enthousiasme, c’est d’être prête le jour J avec un établissement impeccable et une équipe solide.
L’appel d’offres imposait un calendrier presque “mission impossible”. Comment gérez-vous cette pression depuis le premier jour ?
Le calendrier était l’un des critères décisifs de l’appel d’offres : il fallait ouvrir en mars 2026, point. Ça laisse très peu de marge pour le permis de construire, les validations patrimoniales, le chantier…
Dans la pratique cela donne l’échéancier suivant : février 2024 : appel d’offres ; juin 2024 : JOA désigné exploitant ; Août 2024 : dépôt du permis ; Octobre 2024 : début des travaux.
Sans un alignement parfait de tous les acteurs, c’était impossible. Le timing a été tenu parce que chaque étape a été challengée, sécurisée, planifiée au millimètre notamment grâce au travail de Thierry Alric, Directeur Technique & Maintenance du Groupe JOA.

La façade de 1935 est classée. Qu’est-ce que ce dialogue avec les ABF a changé dans la manière d’imaginer le casino ?
Beaucoup de choses. On doit restituer la façade dans son état d’origine. La collaboration avec les Architectes des Bâtiments de France a été essentielle pour imaginer un casino contemporain… dans un cadre historique. Ça impose des contraintes, mais aussi une responsabilité : redonner vie à un morceau d’histoire saumuroise.
Ce chantier demande des ajustements permanents et fonction des expériences ou des attentes des parties prenantes au projet. Cela prend forme mais si je dois avoir un regret, c’est de ne pas avoir vécu la toute première visite, au moment où il fallait se projeter dans un lieu encore brut.
Quel est le rôle concret du Groupe JOA dans la structuration technique et stratégique du projet
Central. Le Groupe a nommé un DGOR, Damien Dufort, Directeur Général Adjoint du Groupe, qui suit une multitude de projets, dont Saumur. Et surtout, il y a eu l’implication de notre Directeur Technique, Thierry Alric, qui a challengé tous les intervenants pour rendre possible l’ouverture en 2026.
Sur chaque métier support (RH, restauration, marketing) des experts du siège ont été ou sont mobilisés. Mon rôle est ensuite d’orchestrer, d’assurer la cohérence, de faire circuler l’information. Saumur doit devenir un fleuron du Groupe : on s’appuie sur l’expérience du Groupe pour proposer le meilleur mais aussi pour tester.

Recruter 67 personnes, dont de nombreux novices : comment prépare-t-on des talents qui ne connaissent pas encore l’univers du jeu ?
Nous avons reçu 2 300 CV, ce qui est exceptionnel et il faut reconnaître le travail des équipes RH du Groupe pour son accompagnement.
Pour l’encadrement, nous avons fait venir des profils expérimentés du Groupe JOA. Pour le reste, il faut faire émerger les talents locaux : ceux qui ont envie de relever le défi. C’est un métier hyper-réglementé, mais l’envie, la posture, l’écoute sont tout aussi importantes. La formation fera le reste.
Vous êtes l’interlocutrice de tous les acteurs du chantier. Comment reste-t-on organisée quand il faut jongler entre architecture, RH, finance et exploitation ?
En étant très structurée. Je suis la seule représentante du Groupe sur place au quotidien. Même si le siège est très présent, notamment Thierry Alric, je dois répondre à tout : restauration, finances, exploitation… Cependant, pour le gros œuvre, cela ne relève pas de mes compétences.
Je change de métier dix fois par jour. Ça impose d’être rigoureuse, d’anticiper, de poser des limites.
Dans un projet très attendu, savoir dire non est essentiel. Comment fixez-vous ces limites ?
Je garde toujours en tête l’objectif : ouvrir le 26 mars 2026 avec un bâtiment prêt et une équipe formée. Tout ce qui ne sert pas directement cette finalité peut attendre. C’est parfois frustrant de devoir prioriser et mettre en attente certaines sollicitations mais cela s’avère nécessaire.
Vous faites de la restauration un pilier stratégique. Comment s’est construite cette vision avec le chef Clément Bidard ?
La restauration a trop longtemps été accessoire, ou obligatoire, dans les casinos. Chez JOA, ce n’est plus le cas : à Saumur, nous visons une restauration familiale de qualité, avec 80 couverts, pensée spécifiquement pour le Comptoir du Casino. La réflexion sur l’offre de restauration s’est faite avec Julien Jeanty, Responsable F&B du Groupe, et le chef Clément Bidard, tout en tenant compte de l’offre locale, très riche.
Les habitants de Saumur sont habitués à une certaine qualité et nous avons le devoir de ne pas les décevoir. Il faut aussi penser que la restauration fait partie intégrante de l’expérience que l’on propose et qui se termine par le jeu.
Et bien sûr, la présence du cheval — symbole de Saumur — sera intégrée à notre identité.

L’ouverture promet un afflux massif. Comment prépare-t-on une équipe majoritairement novice à offrir une expérience solide dès le jour J ? Qu’est-ce qui fera la différence ?
Sans hésitation, l’attention que nous porterons au détail aussi bien sur l’offre que sur l'humain, notamment auprès de la cinquantaine de personnes pour qui, travailler dans un casino, sera une nouvelle expérience.
La formation est essentielle, mais elle ne suffit pas. Le jour J, la réaction du public reste imprévisible. Ce sera à nous d’embarquer visiteurs et équipes dans une dynamique positive.
Les cadres connaissent le métier, mais les 50 autres collaborateurs vont le découvrir en conditions réelles. Il faudra les soutenir, les rassurer, les accompagner. L’expérience client naît de l’émotion : ce sont eux qui la transmettront.
Question Les Enjeux : s’il y avait une question que nous n’avons pas posée mais que vous auriez aimé aborder, laquelle serait-elle ? Et quelle en serait votre réponse ?
Comment on aborde ce type de projet à titre personnel ?
Il faut être bien entouré, professionnellement et personnellement.
Une ouverture de casino demande 200 % d’implication. Sans l’adhésion de ma famille, je ne pourrais pas vivre cette aventure. Il faut être humble, savoir s’appuyer sur les expertises, et garder une attitude résolument positive.
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