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Sorare face au test JONUM : entre clarification réglementaire et ajustement produit

Alors que la France ouvre une phase d’expérimentation avec le cadre JONUM, Sorare se retrouve dans une position unique : à la fois symbole d’un nouveau modèle et premier acteur à devoir l’opérationnaliser. Entre adaptation réglementaire, cohérence produit et ambition internationale, la plateforme joue une partition plus stratégique qu’il n’y paraît.

Sorare
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Il y a encore quelques années, Sorare était surtout perçu comme une curiosité Web3. Un projet français ambitieux, mêlant NFT et fantasy sport, mais encore difficile à classer.

Aujourd’hui, le regard a changé. Sorare est devenu un cas d’école. Avec plus de 6 millions de comptes créés et environ 200 000 utilisateurs actifs chaque mois, la plateforme a atteint une taille critique. Surtout, elle incarne désormais une catégorie à part entière : celle des produits hybrides, à mi-chemin entre jeu, collection et économie numérique.

Et c’est précisément cette hybridation que le cadre JONUM vient, pour la première fois, reconnaître officiellement et que Les Enjeux a souhaité aborder directement avec les équipes de l’opérateur.

Un modèle qui ne rentre dans aucune case

Si Sorare se retrouve au cœur de cette expérimentation, ce n’est pas un hasard. Depuis l’origine, la plateforme revendique une identité difficile à catégoriser.

Sorare est un produit à la croisée du fantasy sport, de la collection numérique et de la marketplace.

Cette phrase, simple en apparence, est en réalité structurante. Elle explique à la fois le succès du produit… et les tensions réglementaires qui l’entourent.

Contrairement à un jeu d’argent classique, Sorare ne repose pas sur une logique de mise contre un gain immédiat. L’utilisateur ne “parie” pas au sens traditionnel. Il constitue une équipe, détient des cartes, les échange, optimise ses choix en fonction des performances réelles : « Le cœur de Sorare, c’est un produit de fantasy sport et de collection. »

Mais dans le même temps, il existe une dimension économique réelle :

  • des cartes qui ont une valeur
  • un marché secondaire actif
  • une part des utilisateurs qui adoptent une logique d’investissement

C’est précisément cette zone grise qui a longtemps posé problème. Et que le JONUM tente aujourd’hui de structurer.

Du produit crypto à la plateforme grand public

Pour comprendre la situation actuelle, il faut aussi regarder l’évolution de Sorare. Car le produit d’aujourd’hui n’est plus celui des débuts.

Première transformation majeure : l’élargissement du scope.
Sorare n’est plus uniquement centré sur le football. L’intégration de la NBA et de la MLB en 2022 traduit une ambition claire : devenir une plateforme globale du fan de sport capable d’aller se confronter aux géants américains du fantasy sport que sont DraftKings et FanDuel.

Deuxième inflexion, plus stratégique encore : la simplification. « Depuis 2024, Sorare a fait évoluer son produit pour le rendre plus lisible, plus fluide et plus accessible. »
Ce point est fondamental. Le Web3, initialement au cœur de l’expérience, est progressivement passé au second plan. Non pas abandonné, mais intégré de manière plus transparente.

Paiements en fiat (euros, dollars, etc.), onboarding simplifié, modes de jeu plus accessibles… Sorare a clairement cherché à élargir son audience.

Troisième évolution : l’ouverture à des profils moins experts.

Là où les premiers utilisateurs étaient souvent des profils crypto ou très engagés, la plateforme s’adresse désormais à un public beaucoup plus large, avec des mécaniques d’entrée simplifiées et des campagnes marketing grand public. C’est grâce à ces trois évolutions que Sorare perdure là où des produits comme Stables, lancé par le PMU, ou My Coach Ligue 1, lancé par la Ligue de Football Professionnel, ont mis la clé sous la porte.

Pour accompagner son développement, Sorare peut compter sur des partenaires importantes qui ont également investis dans la marque comme Kylian Mbappé.
Pour accompagner son développement, Sorare peut compter sur des partenaires importants qui ont également investi dans la marque comme Kylian Mbappé.

Le Web3 comme infrastructure invisible

C’est probablement l’un des basculements les plus intéressants. « La technologie n’a de valeur que si elle améliore l’usage. ». Par cet adage, les équipes de Sorare confirme que le Web3 et la technologie NFT ne sont plus des arguments marketing centraux. Ils deviennent une infrastructure qui sert à garantir la propriété des cartes, leur rareté et leur authenticité.

Mais il n’est plus mis en avant comme une fin en soi.

Ce repositionnement est loin d’être anodin. Il reflète une tendance plus large du marché : le passage d’une logique “tech-first” à une logique “user-first”.

Et dans ce contexte, Sorare cherche à se positionner avant tout comme une plateforme de fan experience.

La France comme laboratoire grandeur nature

Même si Sorare est aujourd’hui une entreprise globale, la France reste un marché à part. Non seulement parce que c’est son pays d’origine, mais surtout parce qu’elle devient un terrain d’expérimentation réglementaire.

Les équipes le reconnaissent : la France est un marché structurant, notamment dans le dialogue avec les institutions.

Les utilisateurs français, eux, sont décrits comme exigeants, attentifs à la qualité de l’expérience et à sa cohérence dans le temps.

Mais au-delà du comportement utilisateur, c’est surtout le cadre JONUM qui change la donne.

Le JONUM : reconnaissance… et mise à l’épreuve

Le principal apport du JONUM est clair : « Il reconnaît qu’il existe des produits numériques hybrides. »

C’est une avancée majeure pour tout un pan de l’industrie. Jusqu’ici, ces produits évoluaient dans un flou juridique, avec un risque permanent de requalification. Le cadre JONUM apporte donc une première forme de légitimité.

Mais cette reconnaissance s’accompagne d’une phase d’expérimentation.

C’est une opportunité… mais aussi une phase transitoire avec une part d’incertitude.

Et c’est là que le sujet devient intéressant.

Car derrière le discours positif, une question demeure :
le JONUM est-il un cadre stabilisateur… ou une étape vers une régulation plus stricte qui pourrait mettre au tapis certains opérateurs ?

Adapter sans fragmenter : le vrai défi

C’est probablement le point le plus stratégique pour Sorare. Comment intégrer des contraintes locales… sans casser un produit global ?

La réponse de la plateforme est claire : « L’objectif est de conserver une plateforme globale et unifiée. »

Autrement dit :

  • pas de version “France” isolée
  • pas de rupture dans l’expérience utilisateur
  • pas de segmentation visible

Les joueurs français continueront donc à évoluer dans un environnement international. Mais dans les faits, certains ajustements sont inévitables car le cadre JONUM ne permet pas aux opérateurs d’attribuer des gains dans une monnaie ayant cour légal.

De ce fait, ces ajustements peuvent concerner la nature des récompenses, certains mécanismes économiques ou encore les modalités de conformité.

Sorare adopte ici une approche minimaliste :

Limiter les adaptations locales à ce qui est strictement nécessaire.

C’est un choix stratégique fort. Car la fragmentation produit est l’un des risques majeurs pour les plateformes globales. Elle complexifie l’expérience, alourdit les coûts et fragilise la cohérence.

Mais cette approche a aussi ses limites. Elle suppose que les contraintes réglementaires restent compatibles avec un socle global.

Des compétitions dédiées aux joueurs basés en France ? La réponse de l'opérateur est plutôt d'adapter son offre pour permettre aux joueurs français de continuer à évoluer dans un contexte international.
Des compétitions dédiées aux joueurs basés en France ? La réponse de l’opérateur est plutôt d’adapter son offre pour permettre aux joueurs français de continuer à évoluer dans un contexte international.

Une expérience vraiment inchangée ?

Officiellement, Sorare affirme que les joueurs français ne verront pas de différence majeure. Mais en réalité, la question mérite d’être nuancée.

Même des ajustements “ciblés” peuvent avoir des effets indirects sur l’attractivité des compétitions, sur la perception des récompenses et in fine sur les stratégies des joueurs et leur volonté d’investir dans le jeu.

Autrement dit, l’expérience peut rester globalement identique… tout en évoluant subtilement.

C’est souvent à ce niveau que se jouent les vrais impacts.

Les zones de tension à surveiller

Plusieurs sujets émergent déjà comme des points sensibles.

D’abord, la protection des mineurs. Un sujet prioritaire, sur lequel Sorare indique vouloir renforcer ses dispositifs.

Ensuite, la question des récompenses. Le cadre français impose certaines contraintes, qui pourraient amener la plateforme à ajuster ses mécaniques.

Enfin, un point plus technique mais stratégique : les stablecoins. Sorare estime que le cadre JONUM pourrait utilement évoluer sur ce point à l’issue de l’expérimentation, au regard notamment du potentiel des stablecoins en matière de lisibilité et de protection des utilisateurs.

Ce signal est intéressant. Il montre que le cadre actuel est encore en construction, et qu’il pourrait évoluer.

Régulation et innovation : un faux duel ?

L’un des enseignements de cet échange, c’est la posture de Sorare vis-à-vis de la régulation.

Contrairement à une vision souvent répandue, la plateforme ne voit pas le JONUM comme un frein. « Un cadre clair… peut soutenir l’innovation plutôt que la freiner. »
C’est une lecture assez mature.

Dans les faits, un marché sans cadre est rarement durable. Il freine les investissements, limite la confiance et expose les acteurs à des risques juridiques. À l’inverse, une régulation trop rigide peut étouffer l’innovation.

Tout l’enjeu est donc dans l’équilibre.

Et c’est précisément ce que cette phase d’expérimentation doit permettre de tester.

Sorare entre maturité et accélération

Au-delà du cadre français, Sorare se projette déjà dans une nouvelle phase. La plateforme considère avoir validé la singularité de son modèle. L’enjeu est désormais d’accélérer.

Trois priorités émergent : amplifier l’adoption, améliorer l’efficacité opérationnelle et consolider la trajectoire vers la rentabilité

Le Web3 reste présent, mais comme un pilier technologique.

L’ambition, elle, est plus large : « Développer une plateforme de passion sportive, sociale, culturelle et communautaire. »

Autrement dit, dépasser le simple produit pour construire un écosystème.

Outre le mode Pro qui nécessite d'acheter des cartes, Sorare propose aux joueurs un mode gratuit, Sorare Set, avec des mécaniques qui évoluent au cours de la saison.
Outre le mode Pro qui nécessite d’acheter des cartes, Sorare propose aux joueurs un mode gratuit, Sorare Set, avec des mécaniques qui évoluent au cours de la saison.

Un test pour toute une industrie

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement Sorare. Le cadre JONUM est, en réalité, un test à l’échelle de toute une industrie.

  • Peut-on encadrer des produits hybrides sans les dénaturer ?
  • Peut-on protéger les utilisateurs sans bloquer l’innovation ?
  • Peut-on maintenir des plateformes globales dans des cadres locaux ?

La France fait ici figure de terrain d’expérimentation.

Et Sorare, volontairement ou non, en devient le principal cas d’étude.

Une ligne de crête durable

Au fond, la situation de Sorare résume parfaitement les tensions actuelles du secteur.

Entre innovation et régulation, globalisation et contraintes locales et entre simplification produit et profondeur d’usage

La plateforme avance sur une ligne de crête. Et c’est probablement là que se joue sa prochaine phase.

Car réussir dans ce contexte ne consiste plus seulement à innover mais à durer.

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