Yuni Yoshida redonne sens à un objet trop souvent figé
Dans le monde du jeu, les cartes sont devenues des évidences. Elles circulent sur les tables de casino, s’empilent dans les jeux familiaux et accompagnent les joueurs depuis toujours. Leur forme rassure, leur code est immuable et cette stabilité fait partie de leur force. Pourtant cette familiarité les rend presque invisibles.
C’est ce point précis que Yuni Yoshida choisit de bousculer. Elle reconstruit chaque carte comme une petite sculpture, n’hésitant pas à remplacer les symboles traditionnels par des compositions faites de fruits, de tissus, de pièces de verre ou de fleurs. En changeant la matière et non la structure, elle réveille quelque chose que l’on croyait trop connu pour encore étonner. Le regard se pose, hésite, cherche. Et dans cet instant, la carte redevient un objet vivant.

La matière comme langage visuel
Ce qui fascine dans son travail tient à cette manière de faire parler la matière. Yoshida ne cherche pas la prouesse technique ni l’excentricité. Son geste reste calme, presque méditatif, mais le résultat accroche immédiatement.
La carte n’est plus seulement un outil de jeu. Elle devient un espace artistique qui joue avec la perception. Le trèfle paraît respirer, le cœur semble découpé dans une chair véritable, le carreau brille comme un fragment de verre. Cette transformation captive sans perturber la lisibilité. L’équilibre est subtil. Les symboles restent reconnaissables, même lorsqu’ils se dissolvent dans une texture inattendue.
Pour les professionnels du jeu, c’est une démonstration simple mais brillante de la manière dont un support historique peut être revisité sans trahir son identité.
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Un terrain fertile pour repenser l’expérience joueur
L’approche de Yoshida intéresse d’autant qu’elle renoue avec une idée essentielle. Une carte n’est pas seulement un outil. C’est une promesse de récit, de tension, de hasard. Son esthétique compte autant que sa fonction.
En revisitant chaque figure, chaque symbole, l’artiste rappelle que la carte est un vecteur d’émotion. Elle peut influencer l’atmosphère d’une table, la perception d’un jeu ou la personnalité d’une marque. Dans un casino, une simple variation visuelle peut créer un climat différent. Dans une communication institutionnelle, elle peut devenir un signe distinctif.
Loin de l’agitation numérique qui domine une partie du secteur, son travail montre qu’une esthétique tangible, fabriquée à la main, peut renforcer l’attachement du joueur à l’objet.
Les decks sont commandables en ligne ici.
Une artiste à l’esthétique singulière

Née à Tokyo en 1980, Yuni Yoshida s’est formée à la Joshibi University of Art and Design avant de travailler dans plusieurs studios où elle a affiné son goût pour l’image fabriquée. Elle refuse la facilité du numérique et compose chaque visuel en manipulant la matière jusqu’à donner vie à des images qui semblent à la fois réelles et impossibles. Son travail a été exposé au Japon, notamment au Laforet Museum Harajuku et au VS. Grand Green Osaka, où sa série dédiée aux cartes a rencontré un véritable engouement.