La Ligue nationale de hockey (NHL) a officialisé un partenariat pluriannuel avec Kalshi et Polymarket, deux plateformes américaines de “trading d’événements”. Ce type de marché permet aux utilisateurs d’acheter ou vendre des positions sur la probabilité d’un résultat : victoire d’une équipe, évolution politique, événement économique… Autrement dit, miser sans “parier”, du moins en apparence.
Grâce à cet accord, les deux sociétés pourront utiliser les données officielles, logos et marques de la NHL, tout en bénéficiant d’une visibilité lors des diffusions, un privilège jusque-là réservé aux opérateurs de paris agréés. Pour la ligue, il s’agit d’une stratégie d’engagement : toucher de nouveaux publics et renforcer l’interaction avec les fans.
Alors que les marchés de prédiction continuent d’évoluer rapidement, s’associer avec les deux leaders du marché, Kalshi et Polymarket, offre une opportunité exceptionnelle de renforcer l’engagement des fans tout au long de la saison NHL
Keith Wachtel – Président NHL Business
Mais cette ouverture survient dans un contexte juridique hautement sensible. Si plus de trente États américains ont désormais légalisé les paris sportifs depuis 2018, une quinzaine continuent de les interdire totalement. Or, les marchés de prédiction sont parfois perçus comme un contournement de ces interdictions.
Régulées au niveau fédéral par la CFTC (U.S. Commodity Futures Trading Commission), ces plateformes affirment relever du domaine financier, non du jeu d’argent. Pourtant, plusieurs procureurs d’États, notamment à New York et en Californie, contestent cette interprétation. Certains gouverneurs envisagent même d’interdire localement ces produits, estimant qu’ils constituent une forme de pari déguisé.
L’American Gaming Association (AGA) a vivement réagi à l’accord conclu par la NHL, jugeant qu’il “envoie un message préoccupant”. Selon elle, les plateformes concernées “ne respectent pas les standards de protection des joueurs” et permettent à des utilisateurs de moins de 21 ans de spéculer sur des événements sportifs, un seuil pourtant requis pour tout pari légal.
En toile de fond, cette affaire illustre une collision réglementaire inédite : d’un côté, les États veulent garder la main sur l’autorisation du jeu d’argent ; de l’autre, les marchés de prédiction avancent sous la bannière de l’innovation financière.
L’alliance entre la NHL et ces acteurs pourrait ainsi accélérer le débat. Car à mesure que les frontières entre finance, jeu et divertissement se brouillent, le risque d’un vide juridique s’installe. Et dans un pays où le pari sportif reste encore illégal dans près d’un tiers du territoire, ces plateformes pourraient bien devenir la prochaine échappatoire à réguler.