À première lecture, les résultats du premier trimestre 2026 de FDJ United peuvent sembler en retrait. Le chiffre d’affaires recule de 3 % à 895 millions d’euros, alors même que le Produit Brut des Jeux progresse légèrement de 1 % à 2,175 milliards . Une apparente contradiction qui mérite d’être replacée dans son contexte.
Car ce trimestre ne traduit pas une baisse d’activité. Il met surtout en lumière une pression croissante sur le modèle, en particulier du côté de la fiscalité.
Une activité solide, freinée par des effets ponctuels
Sur son cœur historique, la loterie et les paris sportifs en point de vente, FDJ United affiche une réelle stabilité. Le PBJ reste quasiment inchangé à 1,74 milliard d’euros , ce qui confirme que la demande est toujours bien présente.
La baisse de 2 % du chiffre d’affaires tient avant tout à des facteurs conjoncturels. Les jeux de tirage ont été pénalisés par un manque de cycles longs, avec seulement trois séquences prolongées sur le trimestre contre seize un an plus tôt. Dans le même temps, l’absence de jackpots exceptionnels, contrairement à la même période l’an dernier marquée par un Euromillions record, a mécaniquement réduit l’attractivité.
Les paris sportifs en point de vente ont également souffert d’un calendrier moins favorable et d’un niveau élevé de gains reversés aux joueurs. Ce type de variation reste classique dans l’industrie, mais il rappelle à quel point la performance peut dépendre d’éléments extérieurs.
À l’inverse, les jeux instantanés confirment leur rôle d’amortisseur. Leur croissance (+3,4 % de PBJ) repose sur une dynamique régulière, moins dépendante des événements. Ce segment continue de sécuriser les revenus du réseau.
En parallèle, le digital poursuit sa progression. La loterie en ligne représente désormais 15,5 % des revenus de la loterie, avec plus de 6 millions de joueurs . Une montée en puissance progressive, mais bien installée.
La fiscalité, véritable clé de lecture du trimestre
Le point central de ce début d’année reste l’impact des hausses de taxes. Elles ont amputé le chiffre d’affaires de 24 millions d’euros sur le trimestre .
Dans ce secteur, le mécanisme est direct : la fiscalité s’applique au PBJ. Toute augmentation des prélèvements réduit mécaniquement le revenu de l’opérateur, indépendamment du niveau d’activité.
Plusieurs marchés sont concernés, notamment la France, les Pays-Bas et la Roumanie, avec des hausses significatives entrées en vigueur récemment. À cela s’ajoute un durcissement global des cadres réglementaires.
Dans ce contexte, la légère croissance du PBJ apparaît comme un signal de résistance. Elle montre que la base d’activité reste solide, malgré un environnement plus contraignant.
Une transformation stratégique qui se concrétise
L’intégration de Kindred constitue l’autre axe structurant de ce trimestre. Le groupe franchit une étape importante avec la simplification de son portefeuille de marques en France.
Les activités de paris sportifs et de poker en ligne sont désormais regroupées sous la marque Unibet. L’objectif est double : clarifier l’offre pour les joueurs et améliorer l’efficacité opérationnelle.
Cette évolution s’accompagne d’une plateforme unifiée, d’un compte joueur unique et d’une expérience harmonisée sur l’ensemble des produits. Derrière ces ajustements, il y a une logique de synergies et de rationalisation des coûts.
À court terme, cette phase de transition pèse encore sur les performances. Le chiffre d’affaires du pôle online recule de 8 % à 213 millions d’euros . Mais là encore, l’effet fiscal joue un rôle déterminant.
Si l’on exclut les marchés les plus en difficulté, la dynamique est nettement plus favorable. Le PBJ progresse de plus de 6 %, avec une activité globalement stable. La France et la Suède contribuent notamment à cette tendance.
Le nombre de joueurs actifs augmente de 3 %, ce qui confirme que la base continue de s’élargir malgré les ajustements en cours.

Des marchés européens sous tension
L’analyse géographique met en évidence des écarts marqués.
Le Royaume-Uni reste le principal point de tension, avec une forte baisse de l’activité dans un contexte de durcissement réglementaire et fiscal. Les Pays-Bas montrent des signes d’amélioration par rapport à 2025, même si les niveaux restent en retrait.
À l’inverse, d’autres marchés résistent mieux, ce qui confirme l’intérêt d’une présence diversifiée en Europe. Cette stratégie permet d’amortir les chocs locaux, tout en exposant le groupe à une complexité réglementaire accrue.
Des perspectives prudentes pour 2026
Pour l’ensemble de l’exercice, FDJ United anticipe une légère progression du PBJ, mais une baisse du chiffre d’affaires sous l’effet d’un impact fiscal estimé à près de 90 millions d’euros .
Le groupe mise sur une amélioration progressive au second semestre, portée par les synergies liées à Kindred, l’optimisation des coûts et un redressement du pôle online dans les marchés les plus sous pression.
L’objectif de marge d’EBITDA récurrente est maintenu entre 23 % et 24 %, signe d’une volonté de préserver la rentabilité malgré un environnement contraint.
Une équation de plus en plus réglementaire
Ce premier trimestre confirme une évolution de fond dans l’industrie des jeux. La performance ne dépend plus uniquement de l’offre ou de la dynamique commerciale.
La fiscalité et la régulation deviennent des variables centrales, capables de neutraliser une croissance d’activité. Dans ce contexte, la capacité d’adaptation des opérateurs devient un facteur clé.
FDJ United montre, à ce stade, une certaine robustesse. L’activité tient, la transformation avance et la diversification joue son rôle.
La suite dépendra de la capacité du groupe à transformer ces ajustements en véritable levier de croissance, dans un environnement où les règles du jeu continuent d’évoluer.





























