Le Casino Barrière de Trouville n’est pas un établissement comme les autres. Par son histoire, son architecture, sa taille et sa localisation, il concentre à peu près toutes les complexités du métier. Station ultra-balnéaire, fréquentation très polarisée entre semaine et week-end, bâtiment centenaire classé, et une exploitation qui doit composer avec des flux irréguliers mais intenses.
C’est dans ce contexte que le Groupe Barrière a officialisé, ce vendredi 23 janvier, un vaste programme de rénovation. Montant annoncé : 14 millions d’euros. Calendrier : de janvier 2026 au printemps 2027. Particularité majeure : le casino restera ouvert pendant toute la durée des travaux.
Pour Fabrice Bastien, directeur général du casino, cette rénovation s’inscrit avant tout dans une logique de développement économique assumée. « Sur les derniers exercices, nous sommes en progression mais pas forcément à la hauteur d’autres casinos du Groupe. Cette rénovation intervient clairement avec un objectif de développement de notre PBJ », explique-t-il.
Un investissement lourd pour un casino déjà performant, mais qui, selon Barrière, n’exploite pas encore tout son potentiel.
Un établissement hors normes, sous-exploité par endroits
Avec plus de 333 000 visiteurs annuels, 21,7 millions d’euros de produit brut des jeux et un classement autour de la 39e place nationale, Trouville affiche des fondamentaux solides. Mais la direction estime que le site peut aller plus loin.
« Il s’agit d’un des plus grands casinos de France en taille, même si nous n’exploitons pas toutes les surfaces », souligne Fabrice Bastien. Une réalité structurelle qui pèse depuis longtemps sur l’exploitation, notamment en période de forte affluence.
Le projet vise donc à retravailler l’ensemble des espaces, non seulement pour augmenter les capacités, mais aussi pour redonner une cohérence globale à l’expérience proposée. Hall d’entrée, salles de jeux, Salon des Gouverneurs, restauration, circulation des flux : rien n’est laissé de côté.
L’idée n’est pas simplement de moderniser, mais de repositionner l’établissement dans la hiérarchie du parc Barrière, avec une ambition assumée de montée en gamme.

Une stratégie claire : renforcer l’expérience pour soutenir le PBJ
Sur le fond, la ligne stratégique est lisible. Le modèle économique reste largement dominé par les machines à sous, qui représentent aujourd’hui 88 % du PBJ. Il n’est pas question de bouleverser cet équilibre du jour au lendemain.
« L’idée n’est pas de changer fondamentalement le modèle, mais de rééquilibrer un peu le rapport de force entre les deux offres », précise le directeur. Le Groupe Barrière pèse déjà près de la moitié du marché des jeux traditionnels en France, et entend capitaliser sur cette expertise.
La rénovation prévoit ainsi une augmentation sensible de l’offre :
- 225 machines à sous contre 200 aujourd’hui,
- 9 tables de jeux traditionnels contre 7,
- 80 postes de jeux électroniques contre 46,
- et une offre de restauration entièrement repensée.
Mais au-delà des chiffres, c’est la logique produit qui évolue. « Nous voulons permettre aux joueurs de passer d’un espace à un autre sans friction, tout en conservant une vraie séparation entre chaque univers », insiste Fabrice Bastien. Une approche qui vise à encourager la multi-pratique et à prolonger le temps passé sur site.
Le retour assumé des jeux traditionnels, et de la Boule
L’un des marqueurs forts du projet est le retour en grâce des jeux traditionnels, avec une attention particulière portée à la Boule, dans sa version originelle. Un choix qui relève autant de la stratégie que de l’histoire.
« C’est un jeu qui m’est cher », confie Fabrice Bastien. « Il possède un vrai cérémonial. Il parle aux joueurs qui ont fréquenté les casinos avant l’arrivée des machines à sous. Historiquement, Trouville était le leader de France sur ce produit. »
Le projet prévoit donc la création d’une salle dédiée aux jeux traditionnels, avec la remise à l’honneur de la Boule, accompagnée d’un effort spécifique de formation des croupiers. Un signal clair envoyé à une clientèle attachée aux codes classiques, mais aussi aux nouvelles générations, de plus en plus familières de ces jeux.
« Nos clients les plus jeunes connaissent parfois ces jeux presque mieux que nous. Il n’y a plus de barrière à l’entrée sur cette offre », observe le directeur, qui voit dans cette évolution une opportunité plus qu’un risque.
Le théâtre de 1912 transformé en levier de croissance
Autre choix structurant : la transformation du théâtre historique, inutilisé depuis plusieurs décennies, en salle de jeux électroniques. Un symbole fort du projet.
« C’est une façon d’allier la modernité des jeux électroniques avec un espace qui date de 1912 », explique Fabrice Bastien. Le futur espace accueillera 80 postes de jeux électroniques et un écran de 40 mètres carrés, dans un volume patrimonial entièrement réhabilité.

Ce seul aménagement permettra de gagner environ 400 mètres carrés de surface exploitable, et de positionner Trouville parmi les plus belles salles de jeux électroniques de France. Un levier concret pour absorber davantage de flux, notamment en période de forte affluence.
Une réponse pragmatique à une exploitation ultra-saisonnière
À Trouville, la saisonnalité n’est pas un concept théorique. Elle structure l’exploitation au quotidien. « La semaine, tout est trop grand dans le casino. Le week-end, tout est trop petit », résume Fabrice Bastien.
Ce constat explique en grande partie les choix opérés. L’augmentation des capacités, la diversification des espaces et la montée en gamme des équipements visent à mieux absorber les pics de fréquentation, sans dégrader l’expérience en périodes creuses.
Mais cette stratégie comporte aussi des risques. Rénover un casino sans fermer, dans une station balnéaire très dépendante des week-ends, impose des arbitrages permanents. « On va essayer de maintenir entre 150 et 175 machines à sous pendant les travaux, avec un impact surtout le week-end, où nous ne pourrons pas absorber toute la demande », reconnaît le directeur.
Un chantier sous contrainte, mais assumé
Le phasage du chantier est pensé pour limiter l’impact sur l’exploitation. Quatre grandes phases sont prévues, avec un démarrage par le Salon des Gouverneurs et le futur espace de jeux électroniques. La phase la plus sensible interviendra lors du déplacement temporaire de l’entrée du casino.
« La moitié du budget est dédiée à un bâtiment qui a plus de 112 ans », rappelle Fabrice Bastien. Un chiffre qui résume à lui seul la complexité du projet, entre contraintes patrimoniales, exigences réglementaires et impératifs commerciaux.
À cela s’ajoute une forte mobilisation d’entreprises locales et françaises, et une coordination étroite avec les autorités, les services de la ville et les instances de contrôle.
La restauration, dernier pilier de la stratégie
Enfin, la rénovation s’accompagne d’une refonte complète de l’offre de restauration. L’actuel restaurant, pénalisé par son accès et par une concurrence très dense sur le port, va céder une partie de son espace aux jeux.
À la place, Barrière déploiera le concept Chérie Cherry, déjà testé dans d’autres établissements du Groupe. « Nous allons développer ce concept en plein cœur des salles de jeux », précise Fabrice Bastien, avec l’objectif clair de renforcer la complémentarité entre jeu, restauration et animation.

Une façon, là encore, d’allonger les parcours clients et de renforcer la rentabilité globale de l’établissement.
Un casino qui change de dimension
À l’issue des travaux, prévus pour Pâques 2027, le Casino Barrière de Trouville ne sera ni un nouveau casino, ni un simple lifting. Il s’agira d’un établissement repositionné, plus capacitaire, plus lisible et mieux armé pour capter la valeur sur l’ensemble de son offre.
« Je pense vraiment que le casino va changer de dimension », conclut Fabrice Bastien. Un pari stratégique à 14 millions d’euros, qui illustre une tendance de fond : dans un marché mature, la croissance passe de plus en plus par l’expérience, la segmentation et l’exploitation fine des actifs existants.