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La crise couve à Las Vegas

Sous la brillance des néons, Las Vegas commence à douter. Le tourisme s’essouffle, les revenus du jeu reculent et les opérateurs commencent à admettre que le modèle post-Covid touche à sa limite. Le Strip vacille, et l’économie du Nevada en ressent déjà les secousses.

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Les premiers signes d’un retournement

Après trois années record, le Nevada a vu la mécanique s’enrayer cet automne. En septembre, le Produit Brut des Jeux (PBJ) a chuté à 1,28 milliard de dollars, soit -2,2 % comparé à septembre 2024. Sur le Strip, la baisse atteint 5 %, une première depuis plusieurs trimestres. Le baccarat, indicateur souvent corrélé à la clientèle internationale haut de gamme, s’effondre de 42 %.

Pour l’instant, les recettes au niveau de l’État reste en légère hausse sur l’exercice fiscal en cours (juillet 2025 – juin 2026), mais la tendance s’inverse clairement. Les casinos n’ont plus le vent en poupe et les opérateurs s’inquiètent : Caesars et MGM voient leurs revenus s’effriter, tandis que Wynn retarde la publication de ses résultats.

Un tourisme en panne d’inspiration

La fréquentation touristique suit la même pente. En septembre 2025, Las Vegas n’a attiré que 3,09 millions de visiteurs, soit 9 % de moins qu’à la même période en 2024. Les conventions reculent, elles, de 18 %, les hôtels tournent à vide, et même l’aéroport Harry Reid tourne au ralenti avec -6 % de trafic.

Le coup est particulièrement rude du côté international : -13,5 % de passagers étrangers. Le Canada et le Mexique, principaux marchés pourvoyeurs de touristes, se détournent progressivement, plombés par la politique douanière mise en place par Donald Trump. Les compagnies aériennes comme Air Canada (-18 %) ou WestJet (-44 %) en subissent de plein fouet les conséquences.

Les opérateurs face à leurs contradictions

Bill Hornbuckle, patron du MGM, reconnaît que les géants du Strip ont « péché par excès » en tirant trop sur la corde des prix. Caesars, de son côté, constate quatre mois de recul de la demande loisirs. Cette lucidité tardive traduit une prise de conscience : la clientèle de masse, sur laquelle reposait la relance post-pandémie, s’érode.

Moins dépendant du tourisme international, les casinos hors du Strip, comme le Red Rock Resort, sont moins impactés par la crise qui touche actuellement Sin City.
Moins dépendant du tourisme international, les casinos hors du Strip, comme le Red Rock Resort, sont moins impactés par la crise qui touche actuellement Sin City.

À l’inverse, les casinos régionaux prospèrent. Boyd Gaming et Red Rock Resorts affichent des résultats solides, portés par une clientèle locale fidèle et moins sensible aux fluctuations touristiques.

Le modèle Vegas à la croisée des chemins

Tout se jouera dans les prochains mois. Le Grand Prix de Formule 1 de Las Vegas (20-22 novembre) pourrait relancer la machine, mais personne ne croit vraiment à un miracle. En 2023, l’événement avait rapporté 1,5 milliard de dollars ; en 2024, à peine 934 millions. Steve Hill, patron de la Las Vegas Convention and Visitors Authority (LVCVA), multiplie les opérations de promotion, mais le doute s’installe.

Pour les analystes, la question est moins celle d’un creux de conjoncture que d’un virage structurel. Si la baisse de fréquentation se confirme malgré un quatrième trimestre généralement bon pour la ville, Las Vegas devra revoir son modèle au regard du tourisme international en berne, de la saturation des prix et de la concurrence accrue des destinations régionales.

« Si le phénomène dure, on ne parlera plus d’un accident, mais d’une correction du marché », résume Josh Swissman (GMA Consulting) auprès du site iGamingBusiness.com. Et cette fois, même les néons ne suffiront pas à masquer la panne.

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